...Mais je suis normal, je n'ai pas besoin d'un psy ! On la croirait venue d'un autre temps cette phrase. Il n'en est rien. Il y a une idée toute faite qui dit que quand on consulte un psy c'est que l'on est "anormal", et ne pas être "normal" cela fait peur.
Nous savons bien que pour l'être humain l'appartenance au groupe est nécessaire à son bien-être. Du coup paraitre "anormal" c'est se mettre en marge du groupe des gens "normaux". Oui ! Elle est tenace en France, cette idée en arrière fond dans les esprits, que la psy est faite pour les fous ou pour les gens anormaux. Et puisque la plupart des gens ne sont pas fous ou anormaux, la psy ne les concerne pas.
De plus, nous sommes fortement influencés par des images stéréotypées où chacun se doit d'être fort, beau, intelligent, heureux personnellement et épanoui socialement, riche et bien portant.
C'est assez vendeur mais cela ne correspond pas à la réalité du plus grand nombre.
Nous passons beaucoup de temps à travailler ou à chercher du travail et le monde de l'entreprise demande de plus en plus de performance, de rentabilité, de résultat, d'être efficace, plus et toujours plus encore....(Toujours plus loiiinnnnn !!!! Toujours plus hauuuuut !!! Toujours plus foooooort !!!)
Nous vivons dans une ambiance sociale et médiatico-culturelle qui n'accepte plus la maladie, la mort, la souffrance et les relègue au rang de tabou. Cela me rapelle Candide et " tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes".
Pourtant il suffit juste de se rendre compte que nous avons le droit de souffrir sans être fou ou anormal pour autant. Il ne s'agit pas de se complaire dans les difficultés, il s'agit de ne pas les occulter, ce qui est bien différent.
L'humain s'adapte
Certains événements traumatiques peuvent l'avoir été sans que nous en ayons la conscience aujourd'hui. Ils restent cependant actifs en nous. Ils ont générés des modifications au niveau de notre façon de penser et donc de nous comporter, d'agir et de réagir face à la vie. Nous nous adaptons.
L'humain n'aime pas souffrir. Il enregistre ses expériences comme étant agréables ou désagréables. Le cerveau et le corps sont équipés de mécanismes régulateurs afin de gérer les sources de désagréments et de souffrance notamment par l'évitement de toute situation analogue. Il essaye au maximum de maintenir son équilibre interne, à l'aide entre autre, de mécanismes de défense.
Ces phénomènes adaptatifs et régulateurs de l'équilibre interne sont inconscients
Cette formidable capacité se fait à notre insu. L'on peut en constater seulement l'émanation extérieure : façon d'être, pensées et paroles, comportements etc.
Il y a biensûr des degrès d'atteinte dans la souffrance. Lorsqu'elle est restée dans des proportions acceptables, la personne peut continuer de fonctionner aussi bien que possible sans trop de répercussions pour elle et pour les autres.
Lorsque l'atteinte est plus importante, les répercussions vont se faire sentir de façon plus prononcée et venir faire obstacle au développement, au bien-être, dans un domaine ou dans différents domaines de la vie quotidienne.
Et quand tout ceci n'est pas relié consciemment au trauma de base, ce n'est pas considéré comme révélateur de souffrance. Il est possible de souffrir (et de faire souffrir) sans faire le lien avec notre histoire et sans s'en rendre compte jusqu'à un certain point bien entendu.
Si nous ne sommes pas responsables de ce que l'on a fait de nous,
nous sommes responsables aujourd'hui
de ce que l'on va faire de cela
Ce que révèlent nos comportements
Cette souffrance peut-être retournée contre soi ou dirigée en direction des autres en les faisant responsables de ce qui nous arrive. Quelque soit la position adoptée nous nous faisons du mal à nous-même et aux autres par la même occasion.
Nos comportements ne sont pas le fruit du hasard, ils sont construits.
Un comportement devient nocif quand il créé plus d'effets négatifs que positifs soit à court, moyen ou long terme. Il est également signe de déséquilibre quand une personne ne peut plus fonctionner autrement et quand elle s'enferme dans "cette" façon de fonctionner. Elle peut en avoir plus ou moins conscience ou être dans le déni de cela.
Pour certains il s'agira de s'oublier dans la fête, les drogues, la nourriture, l'achat compulsif, le travail, l'agressivité, le paraître, la jalousie. Cette façon de compenser peut s'épuiser au bout d'un temps ou des événements de la vie aident à se rendre compte que quelque chose ne va pas. Il faut souvent arriver au bout du bout pour demander de l'aide.
La peur de consulter
Il y a donc quelque part une honte à demander de l'aide et il y a des résistances à se faire aider. C'est un constat. Pourtant quand il s'agit de la santé physique il est tout à fait normal de faire appel à un médecin, n'est-ce pas ! Les prétextes invoqués nous les connaissons bien :
- les psys entretiennent les gens dans leurs problèmes et font de l'argent avec le malheur des autres,
- si la solution est en moi, je n'ai pas besoin d'un psy, je peux la trouver,
- je ne veux pas être influencé par qui que ce soit,
- je ne veux pas qu'on me change ou changer (comme s'il s'agissait de devenir quelqu'un d'autre que soi !!!)
- je me connais, je n'ai besoin de personne, je ne suis pas un enfant,
- je n'ai pas de problème ce sont les autres (le conjoint, le patron, le voisin ect.)
...ect, ect....
Ces arguments sont "peut-être" l'expression de peurs, de craintes d'aller voir en soi et peut-être de réactiver de vieilles souffrances.
Et puis il y a l'idée persitante qu' accepter sa vulnérabilité sur un point signifie être "faible", avoir des "faiblesses"...
C'est honteux dans notre société, c'est honteux d'avoir des points de vulnérabilité ! Et pourtant la vulnérabilité fait partie intégrante de notre humanité. Nous ne sommes pas des machines !!!
A force de nous vendre qu'il faut être forts, beaux, riches, bien portants, épanouis, l'on oublie que la vie n'est pas que cette vision simpliste et illusoire.
L'on oublie que nous sommes des humains
et qu'un humain
ça ressent,
ça a des émotions,
ça a mal aussi.
Une des grandes souffrances de l'humain est d'ignorer qu'il souffre et de quoi il souffre.
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