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Lancé le 05/11/2008 à 11:48:13
Modifié le 20/11/2008 à 07:52:44
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ARTICLE du 08/11/2008 14:33:04   Soigner aussi l'esprit

Soigner aussi I'esprit pour guérir durablement

Ces réflexions m'ont été suggérées par la mort d'un de mes amis, de son état médecin-anesthésiste, qui s'est endormi à jamais et dont la mort m'est apparue absurde. Comme il existe des enfants prématurés, il existerait des morts prématurées. II m'est aussi apparu une autre absurdité en ce qui avait trait au sens de sa mort. Bien sur, il est décédé d'un cancer et, lorsqu'on prononce ce mot, on a tout dit, la mort prend son sens, c'est-à-dire qu'on recouvre d'un voile sémantique le corps du délit.
Mais pourquoi le sens d'une mort ne signerait-il pas le sens d'une vie ? Question capitale, qui mérite sans doute la peine capitale si on ne peut pas y répondre sainement. Et puisque tout est symbole, il faut aller jusqu'au bout de cette proposition et admettre que le corps humain est lui aussi porteur de symbolisme.
Quels sont les fondements de la médecine psychosomatique ?

De Psyché ,qui veut dire esprit, et soma, qui est en rapport avec le physique. La psychosomatique est donc I'étude de ces deux parties et, par suite, de ce qui peut se passer ou se dérouler entre ces deux parties, nous dirions, en langage moderne, entre ces deux acteurs. Et effectivement, ce sont bien deux protagonistes qui sont sur la scène, chacun jouant son rôle en accord, en opposition avec 1'autre ou dans I'indifférence de I'autre. On voit dès maintenant toute la richesse du jeu opératif qui va pouvoir se jouer sur un mode de comédie ou de tragédie. Ces trente dernières années ont amené des découvertes passionnantes en matière de neurophysiologie.

Le cerveau humain est fait de trois parties. Hypothalamus, cerveau limbique et néo-cortex sont ces trois parties qui forment un cerveau "tri-unique", selon I'expression de Mac Lean. Le premier, I'hypothalamus, est le plus primitif puisqu'il existe déjà chez les reptiliens, d'où son autre nom de cerveau reptilien. II est le siège de la régulation des fonctions vitales et des automatismes innés. On peut dire qu'il est la voix du corps dans le cerveau, celui qui fait valoir les arguments bio-logiques dans les choix de faction.

Le second, le cerveau limbique, constitue la plaque tournante du cerveau. II a deux fonctions capitales. C'est un sélecteur, c'est-à-dire qu'a partir des besoins de I'organisme il va sélectionner dans I'environnement ce qui est utile a le satisfaire. C'est un cerveau émotionnel, c'est-à-dire qu'il va attribuer, en fonction de I'expérience, une émotion aux faits, et c'est cette émotion qui va conditionner la mémorisation. Un fait présente un intérêt a être mémorisé si I'émotion qui lui est liée est forte ou, selon I'expression, chargée d'émotion. II en va de I'action comme de la mémoire : " Plus je suis motivé, ou plus I'action est émotionnellement chargée, plus je serai poussé à agir." En résumé, ce cerveau limbique inter-vient à tous les stades du traitement de l'information. Au départ, il détecte dans I'environnement I'information jugée intéressante. Au moment d'agir, il donne la motivation ou I'énergie. Au moment de l'évaluation, il dirigera la mémorisation vers la mémoire à long terme sous forme de réussite ou d'échec, avec le but de répéter ou d'éviter une situation similaire la prochaine fois.
C'est donc vraiment la plaque tournante du cerveau, le carrefour obligatoire entre le monde extérieur, le néo-cortex et les organes d'action. Néanmoins, il est totalement tributaire de l'interprétation de I'événement faite par le néo-cortex, et nous verrons l'importance de cette opération.

Le troisième étage, car nous sommes bien dans un module a trois étages, est le néo-cortex ou matière dite grise. Ce cerveau, dernier-né de l'évolution, a deux fonctions importantes: la mémorisation biochimique, d'une part, et, d'autre part, la réflexion et la combinatoire, ceci grâce aux connexions des neurones entre eux.

Le néo-cortex est réparti en deux hémisphères, droit et gauche, chacun s'étant spécialisé dans des fonctions différentes et complémentaires, ce qui multiplie grandement les possibilités d'action et de survie. Je rappelle que I'hémisphère gauche est plutôt spécialisé dans les fonctions abstraites telles que lire, compter, et le droit est plutôt spécialisé dans les fonctions liées a I'espace et dans les fonctions globales d'ensemble. Cette description succincte ne doit pas nous laisser croire qu'il existe un hémisphère dominant, mais nous avons deux hémisphères complémentaires qui sont réunis par un troisième élément appelé le corps calleux, lequel a pour but d'établir un véritable pont de communication, d'échange et de comparaison.
Ce prodigieux assemblage nous est donné pour faire face aux dangers inconnus de notre environnement, agir pour améliorer sans cesse notre condition, satisfaire nos désirs, et pour développer des possibilités infinies dans la maîtrise de la vie. Ainsi tout devrait se passer merveilleusement bien dans le meilleur des mondes. Ce n'est pas toujours le cas, sauf pour celui ou cède qui a eu le privilège d'être né coiffé.
Le cerveau émotionnel primitif travaille par automatismes, mais chez I'homme il est également subordonné aux ordres émanant du néo-cortex. C'est ce qui explique, en partie, les possibilités un peu magiques de la suggestion,
de la sophrologie et de l'hypnose. Lorsqu'un cerveau fonctionne sans confronter les informations reçues avec la réalité de l'environnement, l'ordre extérieur va enclencher une cascade de réactions qui pourront aller jusqu'à des réactions démesurées. En clair, faussement informé, le néo-cortex droit impose à l'organisme une adaptation à un environnement fantastique. On conçoit immédiatement que des conflits pourront surgir entre ces cerveaux.

Ainsi, lorsque deux informations contradictoires parviennent au cerveau, celui-ci se bloque et il ne peut plus commander une action efficace. Là réside le problème d'une double communication entre ce qui est dit et ce qui est ressenti. Les travaux des psychologues indiquent que c'est l'information parvenue à l'hémisphère droit qui est déterminante, et vous vous souvenez que c'est celui qui réagit aux impressions globales de l'espace et au ressenti inexprimé.

D'autres fois, la double communication s'adresse non plus aux deux hémisphères mais au même hémisphère. Nous n'avons plus un problème de contradiction ou de conflit mais apparaît quelque chose de beaucoup plus grave, en l'occurrence un paradoxe. Ce n'est plus une question de lutte d'influence entre les deux hémisphères mais un véritable désordre psychique, car le problème est sans solution ; aucun fonctionnement n'est possible, le cerveau n'est plus bloqué, mais il est détraqué.

Agir, trouver sa place et se réaliser

Nous vivons tous dans un environnement à la fois matériel et social qui nous pose constamment des défis dont la solution dans le quotidien passe par les trois nécessités suivantes : Action - Trouver sa place - Se réaliser. Action veut dire agir et entreprendre avec la participation du corps musculaire. Cette action d'adaptation se manifeste par la lutte ou la fuite, ou, si vous préférez, on agit sur l'environnement pour le modifier ou on s'y adapte lorsqu'il est impossible de le modifier. Affronter ou fuir sont donc deux actions stratégiques élaborées par notre cerveau pour répondre à une situation donnée, menaçante ou non. Ce qu'il faut retenir, c'est que ce sont deux solutions d'action qui préservent la bonne santé de l'individu. Mais il arrive que le cerveau ne sache plus élaborer une stratégie d'adaptation et il va chercher sans cesse une réponse, et le désordre va se répercuter sur les systèmes de contrôle des organes. Alors apparaissent des troubles d'adaptation, des lésions organiques. Eprouver des difficultés insurmontables à agir ou ne pas pouvoir agir va provoquer l'apparition d'une maladie ou de plusieurs maladies à la fois. La deuxième nécessité est : trouver sa place. Dans notre cerveau émotionnel limbique est mémorisée notre "place" familière, où on se sent bien. C'est simplement notre territoire protégé, où rien de dangereux ne peut nous arriver. Ce n'est pas une valeur abstraite ou sociale, mais avant tout un substrat physiologique que l'on retrouve aussi bien chez les animaux que chez l'être humain. Nous avons tous besoin d'un espace d'évolution, mais chez I'homme il doit être construit à différents niveaux imbriqués les uns dans les autres ; ils se rapportent à notre vie de couple, de travail, d'habitat, etc.

Cette nécessité de l'espace étant fondamentale dans la physiologie de l'organisme, on imagine sans peine que des dysfonctionnements vont apparaître par suite d'une disparition ou d'une restriction de cet espace. Ce peut être des troubles du comportement, une maladie mentale, ce peut être une énurésie chez l'enfant déplacé de lieu de vie, un ulcère, ce peut être beaucoup de choses et ce n'est jamais bénin. On a observé qu'un animal privé de territoire perd en même temps son agressivité. De même pour l'être humain, qui aura tendance à se laisser aller, à ne plus se battre, pas même contre la maladie. Et le premier territoire n'est-il pas celui du corps ? Que dire des violations de territoire ? De l'emprise d'une autorité étrangère sur son propre territoire ? Du collectivisme, où la propriété privée n'existe plus ? Il

Le cerveau est l'interface entre l'intérieur et l'extérieur

Le cerveau, avec toutes les glandes annexes, est le centre de contrôle. Il reçoit et envoie en permanence des informations à l'ensemble de l'organisme ; il est l'interface entre l'intérieur et l'extérieur. Cette adaptation se fait essentiellement par le biais du système nerveux végétatif ou autonome placé sous le commandement de l'hypothalamus. Ce système nerveux végétatif assure toutes les fonctions d'entretien du corps par l'intermédiaire du système sympathique et du système parasympathique, ou si vous préférez du yin et du yang ou encore de la pédale d'accélérateur et de la pédale de frein d'une voiture. La santé, on le devine, est l'équilibre entre les pôles plus et moins. Avec le plus le cœur va accélérer ses

arrive fréquemment que des vieillards, une fois rentrés à l'hospice, se laissent soudain glisser vers la maladie, vers la mort. On parle d'ailleurs du "syndrome de glissement". LeShan, cancérologue américain, a mis en évidence un certain profil des personnes souffrant d'un cancer. Il constate que, la plupart du temps, ces personnes sont incapables d'agressivité et qu'elles ont perdu tout but dans la vie. Position inconciliable avec la notion de territoire à défendre. Avoir sa place, disposer d'un territoire sur lequel on peut agir, se développer jusqu'à achèvement. Ainsi se trouve résumé l'ensemble des trois nécessités fondamentales. Il ne suffit pas de savoir que l'environnement agit sur nous, il est important de comprendre comment les émotions peuvent retentir sur notre organisme.
contractions, avec le moins il va ralentir. On pourrait dire que, d'une façon générale, sous l'influence du parasympathique, l'individu abandonne ses problèmes extérieurs et se retire dans les profondeurs de son existence végétative, tandis que sous la stimulation du sympathique il néglige ou inhibe ses fonctions de reconstruction et de croissance et porte toute son attention vers la solution des problèmes que lui posent les conditions du milieu. Bref, le cerveau perçoit et analyse l'environnement et les actions à y mener qui vont susciter des émotions sous forme de modifications biologiques (sueurs, rougeurs, larmes, etc.). Le cerveau limbique doublé du système nerveux végétatif assure donc deux fonctions: !e bon fonctionnement des organes, le ressenti des émotions sur I'organisme. C'est pourquoi l'un réagit sur I'autre. A bonne émotion, bon fonctionnement du système végétatif, donc du corps; à trouble émotionnel, malaise organique. La maladie devient la plainte de I'organisme vécue dans sa globalité. Parce que la maladie, ce n'est

Le cerveau est le régulateur de la santé et I'organe de la communication
Les émotions jouent donc un rôle déterminant dans I'équilibre de I'organisme. Mais d'où proviennent ces émotions? Elles ont été enregistrées dans le cerveau limbique au cours des expériences passées et à chaque situation semblable les mêmes émotions revivent, soit sur un mode de plaisir et de succès, soit sur un mode de douleur et d'échec. Dans le cas du plaisir, I'émotion étant liée a un souvenir heureux, le cerveau va enclencher la vitesse turbo pour agir de nouveau. Par contre, si I'émotion est liée a un souvenir malheureux, le cerveau va rétrograder, freiner puis stopper I'action. A ce moment il y a naissance de maladie car en fait on freine consciemment et on accélère inconsciemment en même temps!
Pendant tout ce temps, I'organisme a secrété différentes hormones telles que le cortisol, mais sans qu'il y ait décharge. D'où, exprimé en simplifiant a I'extrême, chute des défenses immunitaires, obésité, hypertension, etc. Cette absence de décharge équivaut a une inhibition de l'action, matrice des malaises. Ce qu'il faut retenir, ce n'est pas une histoire de microbes ou je ne sais quoi, c'est une histoire de rapports humains. C'est la relation qui est toujours malade. Une maladie aiguë va répondre a un événement qui est une perturbation aiguë d'un rapport, une maladie chronique à la modification durable d'un rapport, pas l'absence d'action en elle-même qui serait la source des dysfonctionnements, mais il semble que dans la plupart des cas une situation parait sans issue non pas à cause de I'environnement, mais à cause du conflit intérieur entre des options que je dois prendre dans cet environnement et ce que j'ai mémorisé dans mon cerveau limbique, d'où absence de décision, soit, en dernière analyse, mort de I'être par absence du pouvoir de décision. Pour Laborit, c'est là que réside I'essentiel du problème : il faut se demander pourquoi je suis en inhibition de l'action, car, si je suis malade à en mourir, pourquoi en suis-je arrivé à cet état ? C'est parce que j'étais en inhibition de l'action par suite de... (voir plus haut). Laborit écrit également que " seule la prise en compte de I'expérience antérieure, variable d'un sujet à I'autre, permet de comprendre pourquoi un être ou un événement particulier ne provoquera pas la même réaction comportementale chez tous les sujets et, chez le même sujet a tous les moments. " " La physiologie se trouve dominée par les processus de mémoire. " (Inhibition de I'action.) Freud n'avait pas dit autre chose en d'autres termes lorsqu'il disait que nous n'étions jamais malades que de notre mémoire.

Bien sur, la cause des maladies peut se retrouver dans le code génétique du malade, dans un environnement pathogène mais aussi et surtout dans la façon personnelle dont I'individu décode ces sources. Ce décodage sera déterminé par des automatismes qui sont le fruit de son passé, de son histoire originale, bien qu'on puisse établir de grandes familles de comportements assez typés qui rassemblent les individus aux réactions étonnamment semblables et répétitives. Par exemple, pour certaines structures psychiques, la perspective de ne pouvoir préserver I'harmonie engendre des maladies. D'autres développeront une solution de maladie face a une problématique fantasmatique, c'est-à-dire sauver la face et I'intégrité non pas de son organisme mais de I'image de marque de sa personne. Un tempérament "dominant" tombera malade lorsqu'il verra sa dominance menacée ou contrariée. En d'autres termes, le cerveau n'adapte plus I'organisme aux dangers réels de I'environnement, mais il I'adapte, a ses dépens, au fantasme du paraître, du pas être. Nombreux sont morts de n'avoir point su abandonner leur égo! Car I'environnement est aussi humain. Le cerveau est à la fois le régulateur de la santé et I'organe de la communication. Ce rôle de carrefour déjà entrevu plus haut explique facilement comment les avatars de la communication peuvent dégénérer en maladie. Que les maladies s'expriment par des symptômes psychologiques, des pathologies intermédiaires, des signes somatiques ou même par une issue fatale, des lors qu'elles sont provoquées par I'environnement humain, de multiples observations le démontrent, qui ont même permis d'élaborer une classification des maladies selon I'origine de la cause psychologique. En résumé lorsque face à une difficulté toute action semble impossible, soit la fuite soit la lutte, alors se déclenche le phénomène d'inhibition se manifestant par des comportements de prostration, de défaitisme, un état dépressif fait d'immobilité, d'isolement et de soumission, accompagné évidemment de toutes les sécrétions hormonales du corps par I'intermédiaire de I'axe hypo-thalamo-cortico-surrénalien.

A qui profite la maladie?

Comme dans un roman policier, et bien souvent cela en est un, il suffit de se poser la question: "A qui profite la maladie?" A titre d'illustration, je vais vous rapporter un cas cité dans un ouvrage. Une femme âgée de soixante ans est régulièrement hospitalisée tous les trois à quatre mois pour crise d'asthme grave. Certaines I'ont même conduite jusqu'en réanimation. Cet asthme semble être apparu six ans auparavant, à la suite d'une embolie pulmonaire qui I'avait rendue insuffisante respiratoire. L'observation de son comportement à la fois acariâtre et doucereux, après "enquête" auprès de ses proches, amène le médecin a déclarer à cette patiente:"Vous utilisez votre maladie pour faire pression sur votre entourage et le manœuvrer à votre guise; mais vous jouez un jeu dangereux car vous ne contrôlez pas I'intensité de vos crises. Vous prenez donc des risques graves pour vous-même." Le soir même, elle fit une dernière crise d'asthme assez impressionnante, dont elle se remit promptement. Puis elle accepta de rentrer chez elle et la clinique ne la revit pas pendant plus d'un an. Mais un beau jour, elle dut être hospitalisée pour amaigrissement et diverses douleurs digestives. Sans entrer dans les détails, disons simplement que le médecin apprit que le mari et le fils vivaient avec elle, et que lors de leurs absences ils étaient tenus de dire à quelle heure ils rentreraient à la maison. Si par malheur ils s'attardaient, ils la retrouvaient décomposée d'an-goisse. Au point que le fils de trente ans habitait toujours chez sa mère, cé-libataire, séquestré. Le mécanisme dénoncé, la maladie a temporairement cédé. Si la symptomatologie s'est transformée, c'est sans doute parce qu'il n'était plus possible de faire de I'asthme : il n'y avait plus de specta-teur dans la salle! II fallait trouver une autre scène! Entre parenthèses, ceci est une belle démonstration de psy-chanalyse sauvage. Des illustrations comme celle qui précède pourraient être fournies par milliers, aussi bien pour les maladies que pour les accidents de toutes sortes. Madame M. doit voir son avocat le lendemain; elle n'en a pas envie; elle tombe de cheval et se brise la clavicule. Même I'épilepsie peut apparaître soudainement après un choc émotion-nel violent. Trousseau signale que beaucoup d'individus sont devenus épileptiques a la suite d'une profonde terreur. Pentield a rapporté le cas d'une personne qui eut sa première crise lors d'une agression par un chien, alors qu'elle tentait de lui arracher un bâton de la gueule. Plusieurs praticiens ont constaté que bien souvent les enfants épileptiques ont connu leur première crise peu de temps après le décès d'un parent: la crise serait une façon de décharger la tension accumulée. Dans un domaine plus anodin, je me souviens d'une personne qui présentait tous les symptômes d'une importante fièvre sans que le laboratoire consulté puisse en préciser la cause. Avant de

Le corps a son langage

Parlons aussi du langage du corps, qui devient vite symbolique. Ces maux de tête lorsqu'on a un problème à résoudre à se casser la tête, ou lorsqu'il faut faire front ; la constipation lorsqu'on se replie sur soi; le mal de dos lorsqu'on en a plein le dos; les jambes qui ne peuvent plus nous porter ou qui ne nous mènent nulle part; les épaules qui ne supportent plus untel; les troubles dyspeptiques de I'estomac quand on ne peut pas avaler ou digérer une situation; la perte d'appétit qui n'est ni plus ni moins que celle du goût de vivre ; la perte du repos a moins
L'égo n'a plus été au centre de la personne humaine
Tout ceci n'est certes pas une explication scientifique de la psychosomatique. Elle démontre tout de même le lien entre le corps et le mental. Copernic et Galilée ont été les premiers a appliquer le raisonnement scientifique au phénomène de la rotation de la terre. Résultat: la terre n'a plus été au centre de I'univers. Darwin a été le premier a appliquer I'observation scientifique a l'évolution des espèces. Résultat : I'homme n'a plus été au centre de la planète. Freud a été le premier a appliquer le strict déterminisme scientifique à I'étude des motivations de la conscience humaine. Résultat: l'égo n'a plus été au centre de la personne humaine. Ainsi nous avons ce que l'on appelle les trois révolutions du progrès humain. Alexander a écrit :" L'avènement  de  la décider I'hospitalisation pour examens complémentaires, la remarque d'un confrère sensible:"Changez de ther-momètre!" amena ultérieurement la disparition de tous les symptômes. Je me souviens également de cette femme de psychiatre réputé à qui, anonymement, j'avais fait une farce de 1er avril. Lorsqu'elle se rendit compte de sa bévue, sa première réponse fut: "On n'me fera plus jamais marcher." L'année suivante, jour pour jour, elle fit une crise de rhumatisme qui la cloua au lit durant trois jours, puis disparut comme par enchantement sans lais-ser de séquelles. Ainsi, il ne fut pas possible de la faire marcher! que ce ne soit la crainte du repos éter-nel ; les douleurs de la colonne vertébrale lorsqu'on est un pivot et qu'il faut se tenir droit face à I'entourage ; les douleurs de toute la mâchoire quand on ne peut pas parler car on voudrait mordre son interlocuteur; la folie qui n'est qu'un rêve tout éveillé car les maladies mentales ne sont pas des maladies du cerveau ; enfin la douleur liée à la mémoire d'un malaise qui se transforme en mal a dire et en mort lorsqu'il n'y a plus de raisons de vivre et qu'il faut bien en finir et céder puis décéder.psychanalyse vu dans la perspective historique peut être considéré comme le premier signe de réaction contre I'unilatéralité des principes analytiques qui régnaient en médecine dans la seconde moitie du XIXe siècle." Ce fut également une réaction contre I'intérêt exclusif porté aux détails d'ordre mécanique et contre la méconnaissance du fait biologique fondamental, à savoir que I'organisme est une unité et que le fonctionnement de ses parties ne peut être compris qu'en relation avec le système tout entier, y compris évidemment avec I'environnement. La psychologie de la forme, plus connue sous le nom de gestalthérapie, a formulé clairement, tant sur le plan théorique que sur le plan pratique, que le tout n'est pas la somme des parties. Freud a introduit le concept de "I'hystérie de conversion", où les symptômes physiques se produisent en réponse a des conflits émotionnels chroniques inconscients qui ne peuvent être déchargés par une activité musculaire volontaire. A son époque, I'importance de la personnalité pouvait émerger et devenir I'objet et le centre de la thérapie. Autrefois, chaque trouble fonctionnel s'expliquait comme le résultat d'une lésion tissulaire en particulier. Maintenant il est devenu possible de comprendre que les troubles fonctionnels peuvent être la cause des lésions tissulaires. II est étrange que les médecins traditionnels espèrent toujours que, ultérieurement, des recherches histologiques plus précises ou des recherches génétiques vont révéler des causes organicistes et une fois pour toutes, des causes génétiques.

Mourir guéri
Pour ma part, il y a déjà fort longtemps que j'ai pressenti que la génétique permettrait un jour de soigner la presque totalité des maladies et que, peu de temps après chacune de ces guérisons spectaculaires, les gens tomberont comme des mouches, morts définitivement et sans rémission. Comprenez-vous pourquoi ? Succinctement, je vous propose de vous donner quelques typologies se rapportant à telle ou telle maladie. Par exemple, les études effectuées a I'lnstitut Psychanalytique de Chicago ont montré que les ulcères d'estomac pouvaient se produire plus souvent chez un type de personnalité concomitamment avec telle situation conflictuelle typique, a savoir: le désir de rester dans une situation de dépendance infantile, d'être aimé et couvé tout en étant en conflit avec le moi adulte, avec son orgueil et ses désirs d'indépendance, de pouvoir se suffire à soi-même; ces deux tendances en conflit se renforçant mutuellement. Les sujets atteints d'ulcère à I'estomac montrent une agressivité exagérée, des ambitions et des attitudes d'indépendance. Ils n'aiment pas accepter I'aide des autres et prennent sur eux toutes sortes de responsabilités. Dans le tréfonds de son être, ce malade a un désir inconscient de mener une vie à I'abri comme s'il était un petit enfant qu'il se cache soigneusement. L'abandon désiré va justifier une maladie grave.

Chez les sujets enclins à I'hypertension, I'incapacité d'extérioriser librement leurs impulsions agressives, un remar-quable contrôle d'eux-mêmes, un tempérament complaisant et excessi-vement bien adapté, un fort sentiment de culpabilité latent ou une inhibition sexuelle signent un terrain propice à I'hypertension dite essentielle.

Tout le monde connaît le lien entre les troubles comportementaux et dermatologiques. La punition doit être à la mesure du péché. La peau, qui sert d'instrument d'exhibition pour montrer le corps afin d'attirer I'attention et I'amour, devient I'endroit d'une douloureuse affection.
Le rôle des facteurs émotionnels dans la pathogenèse de I'arthrite rhumatismale a été soupçonnée depuis longtemps et reconnu explicitement par de nombreux cliniciens. Cette maladie se caractérise par une évolution capricieuse des rémissions et des rechutes inexplicables laissant supposer que des facteurs affectifs ont une part de responsabilité. La première particularité observée est la tendance à une activité physique qui se manifeste par des occupations hors de la maison et par des compétitions sportives ; ceci est particulièrement prononcé à la puberté de la jeune fille. Ces sujets sont également portés à contrôler leur
entourage, leur mari, leurs enfants, avec un mélange de tendances à do-miner et d'un besoin masochiste de servir les autres par un esprit de sacrifice, renforçant ainsi leur droit à la domination et au contrôle. Le rejet de la féminité est frappant et le conjoint passif a souvent des défauts physiques. De nouveau nous retrouvons I'impossibilité d'une décharge des tensions car associée à la peur, d'où il résulte une camisole de force psychique. Tant que la décharge peut s'exercer par une activité des muscles du squelette, il n'y a pas d'inflammation, mais, dès que I'agressivité est inhibée, il se produit une augmentation du tonus musculaire puis déclaration de I'arthrite. Alexander dit bien que, dans ce cas, "si des voies anciennes s'ouvrent pour la décharge de I'hostilité grâce a une attitude bienveillante du mari, on observe une diminution des douleurs arthritiques".
Le cancer
II m'est impossible de passer sous silence la maladie dite du cancer. Mon ami Michel Moirot a réalisé des en-quêtes extrêmement instructives dans la relation entre le cancer et I'organe qui va devenir porteur du trouble re-lationnel. Ces enquêtes ont été conduites dans les couvents de France, de Belgique et d'Israel et elles ont mis en relief le fait que les nonnes ne développaient que des cancers du sein ou de I'utérus, soit des cancers situes au lieu organique qui n'a plus de raison d'être.
LeShan a également beaucoup étudie la corrélation entre tel type de personnalité et le cancer. II écrit: " Le schéma émotionnel fondamental d'un individu souffrant d'un cancer semble, selon mes observations, reposer sur trois éléments principaux. Le premier implique que I'enfance ou I'adolescence a été marquée par un sentiment d'isolement. Le deuxième élément de ce schéma apparaît lorsque I'individu découvre une relation intense qui lui permet d'accepter les autres avec joie et ainsi de donner un sens à son existence. Le troisième intervient lorsque cette relation est rompue. C'est main-tenant un sentiment de désespoir profond qui s'installe, dépassant le sentiment d'isolement ressenti dans I'enfance. Au cours de cette phase, I'individu acquiert la conviction que I'existence perd tout sens et, peu de

le cancer va trouver un terrain où il va pouvoir se développer.

Le père ne peut être absent des risques de développer un cancer. Je vous rappelle que Aristote Onassis a commencé à développer un cancer quelques mois après la mort de son fils bien-aimé en qui il avait mis tous ses espoirs de successeur. Puisque je viens de faire intervenir le facteur temps, il m'est apparu, et cela en concordance avec d'autres auteurs  que la conception d'une maladie chronique précède de 6 a 18 mois environ la déclaration des premiers symptômes.
Lacan tut un canal dans I'approche de I'inconscient, qu'il déclara être structuré comme un langage. Il est déjà bien difficile de reconnaître la réalité du lien psycho et soma, mais apprendre que I'inconscient est semblable aux mots nous laisse tout simplement sans voix. Les premiers mots qu'entend le nouveau-né ne sont-ils pas son prénom accompagné de tout ce qui se dit autour de son berceau, berce I'eau qui suit perce I'eau ? Ce prénom près du nom qui autorise de dire non. Là aussi j'aurais de bonnes histoires à raconter concernant
temps après, les premiers symptômes du cancer apparaissent. Généralement, le sujet atteint d'un cancer se sent désespérément seul et perd contact avec le monde, tout en ayant le sentiment d'avoir été marqué par le destin. " Bien souvent, cette orientation émotionnelle reflète le profond désespoir de ne plus jamais réaliser quoi que ce soit de significatif dans sa vie. II doit être clair que ce désespoir n'est jamais le résultat du cancer. S'il s'y greffe un évènement dramatique, 1'espoir disparaît, la démission person-nelle apparaît, la voie devient libre pour un abandon au cancer. Suivant en cela Michel Moirot, on peut spécialiser le lieu de la déclaration du cancer selon la typologie des sujets. II est maintenant reconnu des cliniciens avertis que le cancer du sein signe un attachement aux enfants, et particulièrement le sein gauche, celui du cœur, signe I'attachement à I'enfant préféré. Que celui-ci ne remplisse pas tous les espoirs dont il a été nourri et

La maladie est une maladaptation

les mots entendus avant I'accouchement et que I'inconscient a parfaitement enregistrés à moins qu'il ne soit, lui, I'enregistrement. De même qu'on a peine à croire qu'un sujet dans le coma ou anesthésié sur une table d'opération soit souvent capable de tout enregistrer. Et pourtant. Et un mort ? Est-ce capable d'entendre tout ce qui se dit autour de lui, et pendant combien de temps ? A moins que ce ne soit les vivants qui soient sourds ! Le mouvement maladie-guérison est le mécanisme de l'évolution. (Voir les travaux de Burger et sa notion de maladies utiles dans I'instinctothé-rapie.) La mort est le processus de sélection naturelle. Ceci m'amène a achever ici et à vous dire combien je me suis senti malheureux de n'avoir pu aider notre ami X. Mais terminons sur une note d'espérance en appelant le professeur Selye, inventeur du stress, pour lequel la maladie est une maladaptation : " A mon avis, écrit-il, le but de I'existence est de préserver sa propre identité, d'exprimer ses aptitudes innées et d'éliminer autant que possible les frustrations. Pour rester sain, I'homme doit avoir un but qu'il puisse respecter et dont il puisse être fier. Chacun doit trouver une manière de dépenser son énergie refoulée sans entrer en conflit avec les autres et, si possible, de gagner leur sympathie et leur respect. " En cela il est tout à fait en accord avec la psychocybernétique (traduit par votre serviteur). J'ajoute qu'une personne saine a le talent de traiter ses tensions plutôt que de re-culer devant celles-ci ou de chercher a les absorber. Cette personne est capable d'établir des relations reposant sur la confiance, le service et le respect mutuels.

Vous et votre Santé n° 3 -16 Février 1993
Michel VAUGRANTE de NOVINCE Psychanalyste / Psychothérapeute

Tél: 02 33 51 98 30 / 06 75 52 55 85



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