|
Introduction
Je voudrais d'abord m'expliquer sur ce terme de phobies sociales , dont je sais qu'il fait peur
compte tenu de ce qu'il comporte comme menace d'exclusion .
En fait ,il s'agit d'une entité très large qui peut aller de la simple timidité :la peur de rougir
en public , la crainte de passer un entretien ou de prendre la parole en public ,jusqu'à , effectivement , cette peur des autres qui peut conduire à l'isolement .
Le problème est que , sous ses différentes formes , ce type de phobie devient de plus en plus dérangeant dans une société qui prône le tout-communication , et où , par conséquent , celui qui ne sait pas ou ne peut pas communiquer, va apparaître comme un infirme social .
-
Phobies et sophrologie
Alors , bien évidemment , qui dit phobie dit sophrologie ,dans la mesure où il s'agit d'une des indications princeps de la sophrologie .
-d'une part , parce que , réduisant le niveau global d'anxiété , elle est de nature à diminuer l'angoisse à l'origine de la phobie
-d'autre part parce qu'elle permet une mise à distance par rapport aux situations phobogènes et aux croyances erronées :
c'est ce qui se passe en ce moment vis à vis des phobies de l'avion qui semblent avoir pris une recrudescence depuis le crash du AF 447
-surtout parce qu'elle dispose de techniques spécifiques qui ont fait leurs preuves dans le traitement des phobies :
-sophro-correction sérielle ,s'il s'agit de phobies organisées autour d'un thème dominant :
l'insectophobie
-sophro-acceptation progressive , s'il s'agit de faire face à une situation particulièrement redoutée :
examen,entretien d'embauche , opération chirurgicale ..
-sophromnésie , si l'on pressent qu'à l 'origine de la phobie , se trouve un traumatisme
dont le souvenir permettrait la levée de la phobie :
30 millions d'amis
-voire relaxation dynamique dans le cas des phobies de l'espace :agoraphobie , claustrophobie ,peur du vide ,dont on a pu constater qu'elles avaient un rapport avec un déficit dans la perception du schéma corporel .
-
Qu'en est-il des phobies sociales ?
Donc, si l'on considère que les phobies sociales ne sont après tout qu'une forme de phobies parmi d'autres , on devrait considérer que l'approche sophrologique est de nature à les traiter .
Et c'est sans doute vrai dans la mesure où la peur des autres se trouve liée :
-à un terrain d'anxiété chronique qu'une pratique régulière de la sophronisation de base
permet d'atténuer
-à un manque de confiance en soi , qui a tout à gagner d'une prise de conscience du schéma corporel
-à l'exagération d'une situation perçue comme dramatique , alors qu'une simple mise à distance permet de la banaliser :situation d'examen par exemple
-au fait que cette même situation se trouve en quelque sorte infestée par les émotions passées et la préemption anxieuse de l'avenir ,alors que l'attitude sophronique nous invite à nous inscrire dans le présent .
Alors, effectivement , on peut se dire-et c'est sans doute vrai- que la simple pratique de la sophrologie peut aider considérablement à réduire les phobies sociales ,sous leurs différentes formes , à partir du moment où il s'agit de trouver la bonne distance entre soi et les autres et une plus juste perception des situations qui nous mettent en présence .
-
Pourquoi est-ce que cela ne suffit pas?
Pour autant ,l'expérience montre que ce n'est pas suffisant .
Je citerai, avec son accord , l'expérience de l'une de mes patientes .
Il s'agit, appelons-là Myriam, d'une jeune fille d'origine algérienne,qui souffre d'une véritable difficulté à s'affirmer vis à vis des autres :
-tant dans sa vie familiale où elle se sent toujours inférieure à sa soeur , plus brillante ,plus entreprenante , et qui à ce titre lui gâche toutes ses chances de rencontres
-que dans sa vie professionnelle où elle n'ose pas dire ce qu'elle pense , y compris qu'elle en a assez de faire le travail des autres (elle est animatrice dans un centre de loisirs)
-que même dans les situations les plus quotidiennes où le simple fait de demander une baguette à la boulangère lui pose question .
Nous avons beaucoup progressé ,Myriam et moi, dans le sens de son estime de soi .
Elle est très consciente des efforts qu'elle a accomplis , notamment en reprenant ses études ,
en suivant des cours de théâtre,et consent à s'accorder une certaine valeur .
D'où vient me dit-elle que , devant les autres ,elle retrouve toujours ce qu'elle appelle « sa voix de petite fille ».
Et il est vrai que , dans ces cas-là , alors qu'elle vient d'avoir 35 ans , elle a une voix chevrotante , à peine audible , et qui fait qu'on ne l'écoute pas .
C'est ce genre d'expérience qui m'incite à dire , avec beaucoup d'autres du même genre ,qu'une phobie sociale n'est pas une phobie comme les autres , et qu'elle ne peut pas se traiter seulement sur le plan individuel
Tout simplement parce que « les autres » ne constituent pas un objet phobique « comme un autre » .
Dans la plupart des cas de phobies ,l'objet physique même s'il conserve un degré d'imprévisibilité ,comme un animal ou un voyage en avion , reste tout de même contenu à l'intérieur d'un certain type de réactions .
Toute autre est l'attitude d'un être humain qui , par définition, va disposer d'un éventail insoupçonné de comportements , jusqu'à disposer à votre égard de libertés qui mettent en cause votre propre image .
L'objet phobique ne vous regarde pas,ne vous juge pas,ne vous défie pas :
l'objet de la phobie sociale vous juge et vous regarde ,et vous défie .
Et on ne sait jamais de quelle façon il vous jugera,et vous regardera , et vous défiera:autrement dit ,d'où viendra le danger .
D'où cette conviction que « la peur des autres ne se soigne qu 'avec les autres »
et cette nécessité ressentie de compléter la thérapie individuelle ,soit l'approche sophrologique par une expérience « in vivo » et une expérience vécue en groupe .
-
Le groupe de parole thérapeutique
Le procédé n'est pas nouveau. Il consiste à associer les principes de la dynamique de groupe avec les techniques du jeu de rôle telles qu'elles ont été popularisées en France par Anne Ancelin Schützenberger , s 'inspirant elle-même du psychodrame de Moreno .
On connaît le processus :un certain nombre de personnes ayant a priori des difficultés similaires se réunissent pour échanger leurs expériences et surtout pour « jouer ensemble » -la notion de jeu étant ici fondamentale- les situations qui leur font problème de manière à mieux comprendre à la fois ce qui les anime et la façon dont les autres réagissent à leur égard .
A travers les différentes étapes de la séance ,on pourra observer 3 effets principaux :
-déjà , le constat, d 'emblée , que la situation décrite n'a rien d'extraordinaire dans la mesure où elle fait écho auprès de personnalités a priori différentes :
Je me souviens de la surprise de Myriam , dont j'ai parlé précédemment , et de la DRH d'un important syndicat , tracassées l'une et l'autre par leur peur de prendre la parole en public
et découvrant en fin de compte qu'elles avaient vécu la même expérience infantile :la même terreur devant un père qui ne parlait pas et qui n'autorisait pas qu'on prenne la parole en sa présence .
-le 2ème effet , qui participe de la dimension du « jeu » tient dans la possibilité ,pour le sujet concerné , de revivre une situation antérieure ou d'anticiper une situation à venir sans l'agitation émotionnelle qui accompagne le vécu .
D'où la possibilité de prendre une conscience distanciée des émotions qui nous animent et qui nous amènent à prendre telle ou telle position , à l'évidence irrationnelle
-le 3ème effet , qui résulte de la possibilité de substitution des rôles ,tient dans la faculté de se mettre à la place du protagoniste :
le patron, l'autre du couple , l'ado rebelle
Enfin, les commentaires qui vont intervenir in fine de la part des autres participants au jeu , mais aussi du public , et des « psy » en position d'analystes vont permettre de comprendre que ce qu'on émet n'est pas nécessairement ce qu'on croit émettre et comment notre propre attitude peut susciter des réactions qui, elles-mêmes ,vont renforcer ou modifier nos réponses .
-
Les « résultats »
Le groupe fonctionne déjà depuis 2 ans ,mais je vais m'attacher surtout aux résultats de la deuxième année , d'abord parce qu'ils me sont plus présents à l'esprit , aussi parce que la 1ère année a constitué en quelque sorte une année d'expérimentation dont il nous a fallu tenir compte .Nous y reviendrons .
Je pense que pour être objectifs ,il nous faut tenir compte :
-d'une part , des résultats observés par les participants
-d'autre part des observations effectuées par les animateurs .
-
Du côté des participants ,
Nous choisirons 3 exemples , d'abord parce qu'ils nous ont autorisé à les citer , mais aussi parce qu'ils ont été les plus assidus et les plus impliqués .D'où sans doute les progrès qu'ils ont obtenus
Anne -que nous appellerons par son prénom ,puisqu'elle nous l'a permis ,
est sans doute la personne qui a tiré le bénéfice le plus évident de cette activité de groupe ;
Arrivée au départ pour des motifs professionnels , elle a pu éclairer la situation , en sortant de son rôle de victime présumée coupable pour d'une part relativiser le licenciement dont elle avait été l'objet ,
mais aussi tenir compte pour les expériences à venir de l'intérêt de dissocier sa valeur-travail
de l'implication affective qu'elle pouvait mettre dans l'entreprise et dans le relationnel avec ses collègues ou supérieurs hiérarchiques;
elle compte maintenant sur une éclaircie sur le marché du travail d'ici la fin de l'année , tout en envisageant de manière plus sereine les différentes propositions qui pourraient lui être faites .
Un point particulièrement intéressant en ce qui la concerne est qu'elle a pu extrapoler du plan professionnel au plan familial ,où elle a pu se défaire d'une attitude plus ou moins fataliste
pour « reprendre les choses en mains » de manière , comme elle dit , à ce que tout le monde y trouve son compte »
elle estime même que son attitude globale vis à vis des autres a changé ,qu'elle se laisse moins influencée par ses croyances , qu'elle est devenue beaucoup plus tolérante ,voire bienveillante au point de pouvoir fréquenter des personnes qui a priori ne lui correspondaient pas vraiment .
M.K. -nous l'appellerons ainsi -, reste plus évasif même s'il a constaté qu'il s'énerve moins manifeste une plus grande tolérance vis à vis des autres et témoigne d'un meilleur contrôle sur soi .
Sur le plan personnel, il enregistre un changement dans ses relations avec sa fille , ayant réussi à admettre qu'une enfant de douze ans ne partage pas nécessairement ses centres d'intérêt et ses convictions .
« Je la laisse s'exprimer » , dit-il .
Il a particulièrement apprécié en ce qui le concerne l'accueil qui lui a été réservé dans le groupe , la façon dont il lui est apparu que les autres s'intéressaient à lui , jusqu'à se porter à son secours quand il se sentait défaillant .
Myriam qui s'est montrée dans les jeux de rôles assez réservée ,reconnaît qu'ils l'ont éclairée sur ses relations professionnelles :les institutrices ,voire les animatrices des centres de loisirs vis à vis desquelles elle avait tendance à jouer profil bas (elle est éducatrice de jeunes enfants ),et même sur ses relations familiales ,l'éclairant en particulier sur le rôle joué par une soeur qui avait tendance à l'écraser sans qu'elle soit consciente de la jalousie sous-jacente à leur comportement , à l'une comme à l'autre .
-
Du point de vue des animateurs
Le groupe a bien fonctionné , ne serait-ce que parce que les éléments qui auraient pu être discordants se sont éliminés dès la 1ère séance :nous aurons l'occasion d'y revenir .
Quant aux évolutions individuelles , il est clair qu'elles sont tributaires des efforts développés par les participants en dehors même du groupe de paroles :
-Anne suit une formation en sophrologie et envisage même à terme une reconversion professionnelle dans cette direction .
M.K et Myriam sont tous les deux en thérapie avec Michèle Declerck .
Il reste que ni les uns ni les autres n'auraient accompli des progrès concrets aussi rapidement sans l'appui du groupe dont on peut dire que chacun s'est servi, en quelque sorte,à sa manière :
-Anne s'est servie du groupe et du miroir positif qu'il lui renvoyait pour affronter un passage difficile et y voir plus clair dans ses propres projets ainsi que dans sa situation familiale
-K.a pris conscience -mieux qu'il n'aurait pu le faire dans une thérapie individuelle , de sa tendance à la projection, du rôle de ses interprétations et de ses erreurs en termes de communication
-Quant à Myriam , comme il arrive parfois , il semble qu'elle ait pris appui sur le groupe pour accomplir indépendamment des progrès décisifs :
-une meilleure affirmation de soi , en ce sens qu'elle n'entend plus « se faire marcher sur les pieds »par les instits ,la directrice ou ses collègues du centre aéré
-une confiance dans ses possibilités qui l'ont conduite à passer successivement 2 concours d'aide-puéricultrice et d'éducatrice spécialisée :elle a échoué à l'oral, mais elle sait pourquoi et elle est prête à recommencer
-une nouvelle autonomie , qui l'a conduite à rechercher un logement à elle , en dehors du foyer familial , dont ,à 35 ans , elle a pris conscience qu'il était temps qu'elle se libère .
Ces résultats , ajoutés à bien d'autres qui ont témoigné à la fois d'une meilleure adaptation à la vie professionnelle et d'une meilleure communication sur le plan du couple notamment , nous ont incités,Fabrice et moi, à poursuivre , voire à développer l'expérience ,non sans nous être posé un certain nombre de questions que nous évoquons maintenant .
-
Observations
-La 1ère question concerne la composition du groupe .
Il n'est pas vrai que tous les patients ayant des problèmes apparentés à la phobie sociale puissent bénéficier du groupe de parole .
Nous en avons d'ailleurs vu certains s'exclure dès le départ :
- ceux qui sont tellement phobiques que l'idée même de se trouver exposés à un groupe leur semble intolérable .On peut même dire qu'il y a là une contre-indication.
Je pense à une jeune agrégée de lettres tellement imbue de son statut qu'il était clair qu'elle ne pouvait imaginer échanger ses expériences avec des gens qui, à son sens,ne la comprendraient pas .
Ainsi de Mathias qui se présente au nom de « sa peur de mourir » .En fait ,il s'agit d'une agoraphobie sévère avec crises de panique qui n'a qu'un lointain rapport avec les problèmes dont nous nous occupons .
Je passe sur les erreurs d'aiguillage ,comme ce dragueur entre deux âges qui vient au groupe pour « se guérir de la peur des femmes » ,entendez pour se trouver une femme .
D'où il ressort que le groupe a besoin pour fonctionner et même pour se construire d'une certaine homogénéïté:
-homogénéïté sur le plan des préoccupations
-homogénéïté même relative sur le plan socio-culturel
-homogénéïté aussi quant à la capacité d'entendre un certain discours .
Même si, comme nous l'avons vu , un équilibre s'instaure de lui-même ,c'est sans doute de notre rôle d'y veiller .
-La 2ème concerne l'intérêt de combiner ou non une thérapie individuelle et la participation au groupe .
Le fait par exemple qu'un participant soit en analyse avec l'un des animateurs , ou ait une formation sophrologique , n'est évidemment pas sans incidence avec son comportement dans le groupe , non plus qu'avec l'analyse auquel il va donner lieu .
Pour autant , nous ne pouvons pas exiger de chaque participant au groupe de parole qu'il poursuive par ailleurs une thérapie avec l'un ou l'autre de nous .
Dans l'avenir ,la solution , si le nombre de participants le permet , serait sans doute de faire deux groupes différents :
-l'un pour ceux qui bénéficient d'une co-thérapie
-l'autre pour ceux qui ne se sentent concernés que par le seul groupe de parole ;
La solution intermédiaire consiste dans la précaution minimale qui consiste à recevoir en consultation individuelle chaque adhérent potentiel , ne serait-ce que pour s'assurer de la justesse de l'indication et éviter pour la suite les interprétations hâtives et les erreurs d'aiguillage .
-Ce qui nous amène au 3ème point , et qui concerne celui-là le rapport entre le groupe de parole et la sophrologie .
Le groupe de parole ne fait pas partie des techniques « recouvrantes » .
Nous ne sommes pas dans « tout le monde il est beau,tout le monde ,il est gentil »
Je me souviens d'une expérience en 1ère année au cours de laquelle le co-animateur sophrologue , suivi en cela par la majorité du groupe , voulait absolument réconcilier
la participante qui jouait le rôle principal avec son père vieillissant
..alors qu'il était clair que de ce père-là elle ne voulait rien savoir ,sauf à le transformer en vieillard cacochyme atteint de démence précoce .
C'est donc d'un véritable effort d'analyse qu'il est question et c'est en ce sens qu'il peut nous éclairer sur notre rapport avec les autres et décrypter ce jeu d'images qui fait le lit des phobies sociales.
Moyennant quoi , il s'agit d'un véritable travail en commun , d'un travail passionnant dans la mesure où il mobilise toutes les forces de la dynamique de groupe pour permettre à chacun de progresser sur sa trajectoire individuelle .
Ce pourquoi nous vous invitons toutes les personnes qui pourraient se sentir concernées à s'y essayer .
Détails pratiques
Chaque session comporte 6 séances de 2 heures à 15 jours d'intervalle,
en principe le jeudi soir de 18H30 à 20H30
chez Michèle Declerck 77 rue du Cardinal Lemoine 75005 PARIS.
Le coût de la participation est de 40€ par séance
et l'assiduité est recommandée ,tant dans l'intérêt du fonctionnement du groupe que
dans celui des résultats individuels .
Le nombre de participants peut évoluer entre 6 et 10 personnes
La prochaine session ouvre jeudi prochain 8 octobre 2009
Nous avons déjà des inscrits .
Mais vous avez encore le temps de prendre contact soit avec Michèle Declerck 01 40 46 93 12
ou 06 03 55 92 94,soit avec Fabrice Alberny 06 09 76 68 60.
Nous sommes à votre disposition pour tout complément d'information qui pourrait vous sembler utile .
|