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Lancé le 02/10/2008 à 23:22:28
Modifié le 09/01/2009 à 16:04:11
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ARTICLE du 09/01/2009 16:04:11   4è séance du 07 janvier 2009
 

ELS

Séminaire 2008-2009

LE SEXE NAÎT « PAS-TOUT »

 

 

Le sexe naît (n’est) « pas-tout »,…alors quoi d’autre ? What else ?

Eh bien, justement, il ne « naît » pas tout, parce que dès le départ, il y a autre chose… Quoi ? L’amour ! Soit, à partir du deuxième, le « transfert ». Le transfert de ce premier amour. Mais est-ce bien la même chose, l’amour et le transfert ? Lacan, lui, comme Freud, répond affirmativement dans sa conférence du 13 octobre 1972 à Louvain, lorsqu’il dit « le transfert, c’est l’amour ! », c’est fait avec le même tissu, en tout cas.

 

En 1881, Gustave Flaubert écrit, dans son « Bouvard et Pécuchet » :

 

« Ainsi leur rencontre avait eu l’importance d’une aventure. Ils s’étaient tout de suite accrochés par des fibres secrètes. D’ailleurs, comment expliquer les sympathies ? Pourquoi telle particularité, telle imperfection indifférente ou odieuse dans celui-ci enchante-t-elle dans celui-là ? Ce qu’on appelle le coup de foudre est vrai pour toutes les passions. »[1]

 

Flaubert, comme on le sait, à tout le moins, est un très bon observateur et son observation peut s’appliquer de même à la passion transférentielle.

 

Dans son texte de 1912, « Sur la dynamique du transfert »[2], Freud écrit :

 

« Les particularités du transfert sur le médecin, par lesquels ce transfert excède la mesure et la nature de ce qui peut se justifier froidement et rationnellement, deviennent compréhensibles si l’on considère que ce ne sont justement pas les seules représentations d’attente conscientes, mais aussi celles qui sont tenues en réserve ou inconscientes, qui ont instauré ce transfert. Ce qui donne au transfert son aspect particulier, c’est le fait qu’il dépasse la mesure et s’écarte de par son caractère même et son intensité de ce qui serait normal, rationnel. »

 

C’est dans ce texte qu’il écrit aussi :

 

« Il correspond bien aux relations réelles existant avec le médecin que l’imago paternelle (selon l’heureuse expression de Jung), devienne déterminante pour cette insertion. Mais le transfert n’est pas lié à ce modèle et il peut aussi s’effectuer d’après l’imago maternelle, fraternelle, etc. »[3]

 

Lacan, pour sa part, énonçait :

 

« Disons que dans la mise de fonds de l’entreprise commune, le patient n’est pas seul avec ses difficultés à en faire l’écot. L’analyste aussi doit payer : payer de mots sans doute, si la transmutation qu’ils subissent de l’opération analytique, les élève à leur effet d’interprétation ; mais aussi payer de sa personne, en tant que, quoi qu’il en ait, il la prête comme support aux phénomènes singuliers que l’analyse a découvert dans le transfert ; oubliera-t-on qu’il doit payer de ce qu’il y a d’essentiel dans son jugement le plus intime, pour se mêler d’une action qui va au cœur de l’être (Kern unseres Wesens, écrit Freud) : y resterait-il seul hors jeu ? »[4]

 

Tout cela est-il faux ? Le transfert n’est-il pas de l’amour ? Est-il un faux amour ? Cette « alliance » est-elle une fausse alliance, une « mésalliance » ?

 

Juste avant d’inventer la psychanalyse, mais quand même déjà bien engagé sur son chemin, Freud avance, dans les Etudes sur l’hystérie de 1895, que

 

« le transfert au médecin se réalise par une fausse association ».

 

Fausse association, faux nouage, mésalliance :

 

« Dans cette mésalliance, - car Freud l’écrit en français -, à laquelle je donne le nom de faux rapport, l’affect qui entre en jeu est identique à celui qui avait jadis incité ma patiente à repousser un désir interdit. Depuis que je sais cela, je puis, chaque fois que ma personne se trouve ainsi impliquée, postuler l’existence d’un transfert et d’un faux rapport. »[5]

 

Il est faux, ce rapport,…mais il est vrai aussi, comme s’en apercevra Freud un peu plus tard. En tout cas il est actuel et réel. Ce que dit Freud, c’est que ce nouage n’est pas, n’est plus celui d’origine, lui supposé, on ne sait trop pourquoi, être plus vrai !

C’est comme l’amour : est-il faux, est-il vrai ? Qu’est-ce qu’un faux amour, et plus encore, qu’est-ce qu’un amour « vrai » ? Qui en décide ?

 

Il faudrait lutter contre les glissements imperceptibles d’aujourd’hui. Les glissements de ceux qui, par exemple, confondent la vie avec les cellules sexuelles, ceux qui confondent le désir avec la technique érotique. Il faudrait réapprendre ce que c’est, pour nous, que parler. Il existe un conflit entre ce que d’aucuns croient encore appeler « les instincts », c’est-à-dire les besoins et les mots, ou plus précisément les signifiants. Ce conflit, cette tension, c’est ce qui s’appelle, précisément, l’amour.

 

Freud, en somme, dirons-nous, est l’inventeur d’un nouvel acteur dans la culture : c’est le psychanalyste. Le psychanalyste, qui se doit de n’être ni médecin, ni curé, participe de la vie amoureuse de ses patients, de ses analysants, tout en s’en tenant hors d’elle.

 

Le malaise dans la civilisation d’aujourd’hui, tient au fait que le langage ne tient plus. C’est lui, le psychanalyste qui est placé là où il faut l’entendre. Les analysants ne viennent-ils pas sur son divan que lorsqu’ils n’en peuvent plus de ne pas savoir ce qu’ils disent, que lorsqu’ils ne savent plus pour eux de quoi il s’agit au juste, quand ils se demandent enfin ce que « tout ça » veut dire, à la fin ?

 

Lors d’une de ses fameuses « soirées du mercredi », le 30 janvier 1907, Freud déclare :

 

« Nous contraignons le patient à renoncer à ses résistances par amour pour nous. Nos traitements sont des traitements par l’amour. »

 

Ce faisant, Freud met ainsi l’amour au centre de l’expérience analytique. Et du même pas cela introduit à une nouvelle éthique.

 

Il dit aussi, dans son texte Malaise dans la civilisation : [1929][6]

 

« L’homme essaie de satisfaire son besoin d’agression aux dépens de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagement, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer. »

 

Que faire ainsi face à ce qu’est l’Homme ?

L’amour est-il cet affect qui soit de nature à pallier ces jouissances ?

Quand il y a « rencontre » tuchè, selon les Grecs de l’Antiquité, et même eutuchè, bonne rencontre, bon « heur », que peut faire la réponse de l’amour en voulant le bonheur du partenaire, s’il faut néanmoins affronter cette jouissance nocive, bien maligne, du prochain. N’est-ce pas là que se présente le véritable problème de l’amour ?

 

Freud utilise deux mots. Liebe, amour, mot de la langue très courante, et Verliebheit, énamoration, passion amoureuse.

 

Liebe, que prend Freud, c’est « l’amour normal », dans ses multiples acceptions : amour de soi, amour filial et parental, amitié et amours des hommes en général, attachement à des objets concrets ou des idées abstraites, terme qu’il prend donc pour base de ses discussions et autres exposés scientifiques .

 

Faisant cela, il faut remarquer que Freud ne suit nullement les textes grecs anciens qui, traditionnellement à ce sujet distinguent quatre sortes de philia :

-        la physikè, l’amour entre les êtres de même sang ;

-        la xénikè, l’amour entre les hôtes ;

-        l’hétaïrikè, l’amour entre amis ;

-        l’érotikè, l’amour entre personnes du même sexe ou de sexe différent.

 

Ces quatre modes d’amour, Freud les inclut tous dans Eros, et il ajoute que l’Eros de Platon, tel qu’on le trouve dans Platon et ses Dialogues socratiques donc, coïncide parfaitement dans son origine, sa réalisation et son rapport entre les sexes, avec la force amoureuse, c’est-à-dire la libido de la psychanalyse. A travers les Dialogues…, Freud se fait ainsi l’égal de Socrate, car il affirme comme ce dernier ne posséder qu’une science, celle de l’érotikè.

 

Par contre, Verliebheit, c’est plutôt, à suivre Freud, la passion amoureuse. C’est comme état, explique-t-il dans lequel le but sexuel normal apparaît hors d’atteinte, ou bien dont l’accomplissement apparaît comme suspendu.

 

Pourtant, avec Liebe, Freud va être porté à adopter le mythe d’Aristophane, de l’Aristophane du Banquet, l’un des Dialogues socratiques de Platon, très justement sous-titré : De l’amour. La pulsion sexuelle correspond ainsi à la fable poétique du partage de l’être humain en deux moitiés, homme et femme, qui tendent, justement dans l’amour, à s’unir à nouveau.

 

Mais avec Verliebheit, Freud rencontre et note, dès le cas Dora [1901], puis avec sa théorie du sexuel [Trois essais sur la théorie du sexuel, 1905], puis avec l’Homme aux rats [1909], que dans l’analyse, toutes les tendances, non seulement tendres et amicales, mais aussi hostiles qui éveillent vengeance et cruauté, sont bel et bien présentes. La libido devient alors l’agent même du retournement des tendances. La cruauté, par exemple, est liée à la libido, elle accomplit avec elle la métamorphose de l’amour en haine et celle des tendances tendres en tendances hostiles.

 

L’Homme aux rats, cet énamouré typique, voit en lui se produire une lutte enragée entre l’amour et la haine éprouvés pour la même personne, et c’est précisément à cet endroit que Freud va avoir recours à la phrase célèbre d’Alcibiade à propos de Socrate : « Souvent j’éprouve le désir de ne plus le voir parmi les vivants ».

Freud alors de préciser à nouveau que

 

« […] les poètes nous apprennent que dans les stades tourmentés de l’énamoration, les deux sentiments opposés coexistent et rivalisent. »

 

C’est du côté de l’énamoration, donc de la Verliebheit, que Freud va être amené à situer le patient, l’analysant comme nous disons depuis Lacan. Et cela a un nom : cela s’appelle, en psychanalyse, le transfert.

 

Le Dialogue socratique écrit par Platon, très justement, avons-nous dit plus haut, sous-titré De l’amour, a servi à Lacan a soutenir et référencer une large partie de son séminaire de l’année 1960-1961, précisément dénommé Le transfert.[7]

 

Ce dialogue parle de l’amour. Lacan s’en sert à partir, spécialement, de l’entrée d’Alcibiade parmi les convives du Banquet donné en l’honneur du jeune et beau poète Agathon.

La tradition savante fait pourtant porter son intérêt, au sujet de ce qui est dit sur l’amour, sur les interventions qui précèdent et, tout particulièrement, à ce que Socrate, à son tour interrogé, et qui ne peut répondre en première personne, dit à travers la bouche de cette femme, Diotime, rencontrée bien avant le Banquet, et donc non physiquement présente à cet instant.

 

J’ai moi-même analysé, dans mon livre De la notion au concept de transfert, de Freud à Lacan[8] la tirade d’Alcibiade face à un Socrate inatteignable, à partir de la lecture qu’en fait Lacan au cours de son séminaire de cette année-là. Il fait, comme on le sait, de Socrate, le « précurseur de l’analyste »[9]. Pourquoi ? Parce qu’il dit « ne savoir rien, si ce n’est ce qui concerne le désir. »[10]

 

Ici, je propose simplement de relire ce que Lacan laisse de côté, mais que la tradition de la lecture savante philosophique a constamment repris : les cinq premiers éloges de Phèdre (le théologien), de Pausanias (le politique éducateur), d’Eriximaque (le médecin), d’Aristophane (le poète comique) et d’Agathon (le poète tragique). Auquel, il faut ajouter le plus important, le discours de Socrate parlant à travers la bouche de cette unique femme, absente-présente du Banquet, qu’est Diotime.

Dans ces éloges, il ne s’agit pas des discours de ceux qui disent publiquement leur amour, tel Alcibiade dont va se servir Lacan pour sa théorie du transfert, mais de ceux qui parlent seulement sur l’amour. Que l’on y entende bien alors notre lot quotidien des inlassables pensées qui peuplent nos échanges avec autrui à ce sujet.

 

Les cinq convives tiennent des discours qui n’ont pas vieilli. Ce qui veut dire qu’on les tient toujours aujourd’hui, sur ce sujet, sans y rien changer, identiques, malgré les quelques deux mille quatre cents ans qui nous en séparent. Vous voyez que ce n’est pas d’hier que l’on rabâche les mêmes platitudes et autres clichés à ce propos sur l’amour !

 

Il faut, bien sûr, les lire intégralement. Mais deux traits rassemblent, fondamentalement, ces cinq éloges de l’amour que profèrent Phèdre, Pausanias, Eriximaque, Aristophane et Agathon ; Lesquels ?

 

1.     C’est, tout d’abord, de présenter l’amour sous une seule figure celle de la « coupe pleine »[11] Car, pour tous l’amour est manque de rien. Il a toutes les vertus et qualités dit Agathon. Aristophane dit qu’il fait « sphère », c’est-à-dire totalité sans faille, ou encore image de complétude par la réduction à l’un, à l’unité, des deux moitiés humaines séparées. Phèdre s’accorde à ce qu’Amour n’ait pas de père, donc pas de généalogie et il précise qu’il est non engendré puisqu’il est la cause première de tous les biens.

2.      Pourquoi une telle approche partagée ? A l’analyse de cette véritable exaltation que ces causeurs ont en commun, il appert que celle-ci repose sur la supposition d’un lieu du savoir sur erôs, un lieu du savoir qui serait déjà là et qu’il faudrait retrouver. Donc pas un lieu du savoir qu’il faudrait produire, notons-le, comme Alcibiade le fera en parlant de son amour pour Socrate.

3.     Ainsi l’amour est conformité à un savoir déjà inscrit quelque part, dans un lieu à atteindre, par des voies réservées à chacun : pour Phèdre le théologien, c’est dans la louange des Dieux. Pour Aristophane, le poète comique, c’est dans le mythe de l’Un originel de notre archia physis, notre nature d’origine. Pour Pausanias, le politique éducateur, c’est à retrouver dans la loi de la cité d’Athènes et l’éromène accorde ses faveurs à ses érastes selon les règles établies, selon le savoir d’une éthique civique de l’amour éducateur. Son acceptation d’être aimé doit lui servir à l’acquisition de l’honneur, du courage et de la vertu de son éraste. Il s’ensuit que la prudence, la pudeur, la mesure et la mise à l’épreuve, c’est ce qui permet de départager entre le profitable et l’inutile.

 

Mas il y a quelque chose qui cloche : ces cinq éloges d’erôs sont énoncés sur un ton d’ironie, de parodie, et même de bouffonnerie. On n’y croit pas !

Ces cinq discours décrivent l’amour comme plénitude, mais cela veut dire plénitude pour l’éromène. Car, il faut le noter, c’est bien à l’éromène et non à l’éraste que l’on attribue ladite plénitude , parce que aimer c’est vouloir être aimé, être aimable.

 

Alors un mouvement de bascule s’opère au moment où, dans un fou-rire général, Aristophane attrape un hoquet incoercible ! Et la bouffonnerie touche alors à sa fin. Et il apparaît que, même si ces discours étaient beaux, vrais et bons, ils se dévoilent dans l’ordre de ce qu’ils sont et pour ce qu’ils sont : opinions, mythes, et fictions.

 

Le réel de l’amour, c’est bien autre chose. Ainsi entre dans l’arène Socrate. Sa prise de parole, comme à son accoutumée, fait coupure. Il vise toujours autre chose, le dénommé Socrate, ce sans foi (sans croyance) ni loi (sauf celle du désir) ; ce sans feu (solitaire), ni lieu (on le dit ressortir de l’atopia, il est inclassable, inlocalisable). Socrate vise l’épistémé, c’est-à-dire le savoir. Car c’est le savoir qui va pouvoir rendre raison du dire vrai, beau et bon.

 

Mais avoir l’amour du savoir, l’erôs du savoir, de l’épistémé, c’est ne pas déjà savoir.

Pourquoi ? Parce qu’erôs est manque. Il n’est donc pas parfait, il est plutôt « coupe vide », et donc manque de ce qu’on a pas, c’est-à-dire…épithumia, autrement dit désir.

Et il n’y a pas de savoir de l’erôs, sans erôs du savoir, sans nescience.

Et puisque Socrate rencontre le point où il ne sait pas,…il se tait et laisse parler par sa bouche Diotime, au point même où lui manque, à lui, le savoir du désir.

 

Diotime, c’est du Platon pure souche, et à plein tuyaux ! Que dit-elle qui ait tant intéressé des siècles d’occident chrétien ?

 

Ceci :  qu’ erôs est sublunaire. Qu’il est le lieu de l’instable et de l’incertain. Pourquoi ?. Parce qu’il est le fils de sa mère. Oui, mais quelle mère ? Pénia. Pénia, c’est la pauvreté

Pourtant, ou plutôt par contre, il peut passer aussi au céleste, lieu de l’immortel et du certain, parce qu’il est le fils de son père. Oui, mais qui est sont père ? Poros. Poros, c’est la richesse… !

 

Ainsi erôs se retrouve le cul entre deux chaises, c’est un « entre-deux », un deimon, un démon, c’est-à-dire, stricto sensu, un qui fait passer d’un monde à l’autre. Il le fait en engendrant, chose importante dans la beauté, et dans un mouvement d’ascension de la beauté des corps à celle des âmes, par le bien-dire.

Ce qui fait que par cette marche ascendante vers l’être solide et constant un virage s’opère. Quel est-il ?

La beauté, de guide qu’elle était devient…quoi ? Devient le but, soit le Beau lui-même, l’Un. Et quel en est l’enjeu ? Une identification par idéalisation en terme d’être. Qu’est-ce que c’est que cela ? C’est très exactement ce que Freud a appelé Ichideal, soit l’idéal du Moi, le meilleur soutien du narcissisme du sujet.

D’un point en grand I, je me vois aimable, soit éromène. C’est le retournement final de la position d’éraste, d’aimant, en celle d’éromène, d’aimé.

Telle est, en somme, la voie indiquée par Diotime.

Elle n’est, vous l’aurez compris, que celle de la promotion d’un être-plus, soit un plus d’être parfaitement imaginaire !

 

Et c’est tout ce que vingt-quatre siècles de lecture du Banquet ont entendu dans tout cela et ont repris dans la tradition du commentaire à propos de ce phénomène humain énigmatique autant que fou qu’est l’amour.

 

C’est bien pour cela que Lacan s’est intéressé à ce qui publiquement est habituellement tu par pudeur, l’entrée impudique et avinée de cet éraste d’Alcibiade et son discours sur son amour de Socrate (et non plus sur l’amour)

 

Jacques Lacan récusa que la psychanalyse soit une psychologie (avec ou sans profondeur), un art, une religion, une magie, un discours ou même une science - si la psychanalyse n’est pas une science, elle est cependant un mode du savoir qui peut ainsi interroger la science -. Elle aura été, pour lui, ce qu’elle est pour nous, une expérience, mais pas n’importe laquelle : une expérience de l’esprit, au moyen de laquelle, via un autre, le sujet opère sur lui-même les transformations nécessaires pour accéder à sa vérité.

 

Pour ce faire, trois éléments, trois ingrédients, s’avèrent incontournables que je nomme : le transfert, l’amour, la mort, plus un autre, tel un joker, ou un furet : le désir. Sauf que le premier se résorbe dans le second et que le troisième c’est ce qui permet de vivre et de supporter les deux premiers. « C’est parce que vous savez que tout cela va finir un jour,…que vous pouvez arriver à supporter ça, cette vie, ce monde » dit en substance Lacan dans sa conférene de Louvain en 1972… !! Même si justement, cette vie, pour en jouir, il faut la refouler, la mort, à chaque instant, et miser sur le désir issu d’un manque qui se creuse et recreuse à chaque fois. Ce à quoi se refuse le névrosé, et tout particulièrement l’obsessionnel. …Et pas l’hystérique…Pourquoi ? Parce que l’hystérie, c’est toujours, quelque part : ♫ ♪ « Someday my Prince will come, …some day »… ! ♫ ♫ ♫.

 

En 1911, on vola au Louvre le tableau de la Joconde de Léonard de Vinci. Le type qui fit cela dit en passant à l’entrée « c’est pour la restauration », puis s’en alla en jouir tranquillement chez lui, en solitaire, pour quelques temps…

 

On sait, par un Sacha Guitry, entre autres, qui vînt interroger un gardien de la salle où était exposée ladite Joconde au sourire énigmatique, que la foule se pressait alors quotidiennement en plus grand nombre que d’habitude, c’est-à-dire, lorsque le tableau était bien là accroché au mur. Elle se pressait en plus grand nombre pour regarder quoi ? Eh bien… le clou, marqueur ici du manque ! La Joconde, manquant à sa place, suscitait bien plus le désir de la voir manquante, absente,… que présente !

 

 

***



[1] Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, [1881], Pocket, 1999, p.26.

[2] Sigmund Freud, Zur Dynamik der Übertragung (1912), G.W. VIII., p. 364-374, La dynamique du transfert, trad. A. Berman in La technique psychanalytique, Paris, PUF, 1970, p. 50-60. Ou, OCF P., PUF, p.108-109

[3] Sigmund Freud, Œuvres Complètes de Freud, P., Paris, PUF, 1970, p.108.

[4] Jacques Lacan, « La direction de la cure et les principes de son pouvoir », in Ecrits, Seuil, Paris, 1966, p.587. On trouve la citation de Freud par Lacan, dans L’interprétation du rêve, en son chapitre IV, « La déformation du rêve ».

[5] Sigmund Freud, « Psychothérapie de l’hystérie », in  Etudes sur l’hystérie, traduit de l’allemand par Anne Berman, Paris, PUF, 1967, p.245-246.

[6] Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, trad. C. et J  Odier, PUF, 1971.

[7] Jacques Lacan, Le Séminaire, livre VIII, Le transfert (Le transfert dans sa disparité subjective, sa prétendue situation, ses excursions techniques), SEUIL, mars 1991, juin 2001.

[8] Jean-Michel Louka, De la notion au concept de transfert, de Freud à Lacan, Collection Psychanalyse et civilisations, Eds L’Harmattan, Paris, novembre 2008, 236 p.

[9] J.L., Ecrits, Seuil, 1966, p.825.



ARTICLE du 09/01/2009 16:01:48   3è séance du 03 décembre 2008
 

ELS

Séminaire 2008-2009

Séance du 03 décembre 2008

Le sexe naît « pas-tout »

 

          Comment Jacques Lacan, le 13 mars 1973, après ce qu’il vient de mettre au tableau et que vous pouvez, à nouveau lire reproduit ici sur ce tableau, comment donc, Lacan explicite et commente ses écritures ?

 

          Eh bien je dirai d’abord, reprenant ses termes : avec précaution et prudence :

 

          […] voici à peu près ce qui est inscrit au tableau, le rappel des termes propositionnels, au sens mathématique, par où qui que ce soit de l’être parlant s’inscrit à gauche ou bien à droite. Cette inscription étant dominée par le fait qu’à gauche, à gauche ce qui répond au tout homme, c’est en fonction d’une fonction dite Φx qu’il prend comme tout son inscription < Vx Φx>, à ceci près que cette fonction trouve sa limite dans l’existence d’un x par quoi la fonction Φx est niée <Ex.(moins)Φ x>. C’est ce qu’on appelle la fonction du père d’où procède, en somme, par cette négation de la proposition Φx, ce qui fonde l’exercice de ce qui supplée au rapport sexuel en tant que celui-ci n’est d’aucune façon inscriptible, ce qui y supplée par la castration.

          Le tout repose donc ici sur l’exception posée comme terme sur ce qui, ce Φx, intégralement le nie.

         

          Par contre, en face vous avez l’inscription de ceci que, pour une part des êtres parlants, et aussi bien à tout être parlant comme il se formule expressément dans la théorie freudienne, à tout être parlant il est permis, quel qu’il soit, pourvu ou non des attributs de la masculinité, attributs qui restent à déterminer, pourvu ou non de ces attributs, il peut s’inscrire dans l’autre part, et, ce comme quoi il s’inscrit, c’est justement de ne permettre aucune universalité, d’être ce « pas tout » en tant qu’il a en somme le choix de se poser dans le Φ x ou bien de n’en pas être.

 

          Telles sont les seules définitions possibles de la part dite homme ou bien femme dans ce qui se trouve être dans cette position d’habiter le langage.

 

          Au-dessous, sous la barre, la barre transversale où se croise la division verticale de ce qu’on appelle improprement l’humanité en tant qu’elle se répartirait en identifications sexuelles, vous avez l’indication, l’indication scandée de ce dont il s’agit, c’est à savoir, à savoir qu’à la place du partenaire sexuel du côté de l’homme, de cet homme que j’ai, non certes pour le privilégier d’aucune façon, inscrit ici du S barré <S> et de ce Φ qui le supporte comme signifiant, ce Φ, qui aussi bien s’incarne dans le S1 d’être entre tous les signifiants celui qui paradoxalement a joué le rôle que de la fonction, dans le Φx, est justement ce signifiant dont il n’y a pas de signifié, qui quant au sens en symbolise l’échec, le mésens, qui est l’in-décence par excellence, ou si vous voulez encore le réti-sens, ce S, ce S ainsi doublé de ce signifiant dont en somme il ne dépend même pas, ce S n’a jamais, affaire, en tant que partenaire, qu’à cet objet petit a inscrit comme tel de l’autre côté de la barre. Il ne lui est donné d’atteindre ce partenaire, ce partenaire qui est l’Autre avec un grand A, que par l’intermédiaire de ceci qu’il est la cause de son désir, mais qu’à ce titre, comme l’indique ailleurs dans mes graphes la conjonction pointée de ce S barré <S> et de ce petit a, qu’il n’est rien d’autre que le fantasme. Ce fantasme fait aussi bien pour ce sujet, en tant qu’il est pris comme tel, le support de ce qu’on appelle expressément, dans la théorie freudienne, le principe de réalité.

 

          Ce que j’aborde cette année est très précisément ceci que la théorie, l’articulation théorique de Freud, et très précisément ceci que dans Freud est laissé de côté, est laissée de côté d’une façon avouée le was will das Weib ? le que veut la femme ? que la théorie de Freud expressément comme telle, expressément avoue ignorer. Freud avance qu’il n’y a de libido que masculine. Qu’est-ce à dire sinon qu’un champ qui n’est tout de même pas rien…celui de tous les êtres qui, comme on dit, d’assumer si l’on peut dire et si tant est que cet être assume, assume quoi que ce soit de son sort, ce qui s’appelle improprement…(le statut de la femme (Miller) puisqu’ici je vous le rappelle, ce que j’ai souligné la dernière fois, c’est que ce La de La femme, à partir du moment où il s’énonce que d’un « pas tout », ne peut s’écrire, qu’il n’y a ici de La que barré, <La>. Ce La (barré), expressément, est ce qui a rapport […] avec ce signifiant de grand A en tant que barré, Ⱥ, en tant que ce lieu de l’Autre lui-même, là où vient s’inscrire tout ce qui peut s’articuler du signifiant, est dans son fondement, de par sa nature, si radicalement l’Autre, que c’est cet Autre qu’il importe d’interroger.[1]

 

          Comme vous le voyez déjà, il va s’agir d’une construction lacanienne d’une extrême importance puisqu’elle nous parle structure et non plus nature là où Freud restait encore par trop englué. On est bien dans Lacan, et plus dans Freud, c’est plutôt tragique, c’est-à-dire irrémédiable.

 

          Reprenons le tableau qui n’a plus rien à voir avec une division anatomique des sexes, mais plutôt avec différentes positions dans la structure du langage : positions énonciatives dans le discours.

 

          A gauche, il s’agit de l’inscription, selon Lacan, de la structure de la position masculine ; elle se réfère au signifiant de l’Un ; S1.

          A droite, il s’agit de l’inscription de la structure de la position dite féminine. Il va la référer, comme nous avons commencé à l’entrevoir à l’instant en le citant, au signifiant du grand Autre. S(Ⱥ).

 

          Ce tableau peut se lire comme ceci : les sujets humains, face à la question de la sexualité, se divisent en deux catégories, référée l’une à la position masculine, l’autre à la position féminine ; mais aussi comme cela : chaque sujet humain, face à la question du sexe, est divisé, pouvant adopter dans le discours, soit une position de sexe masculine, soit une position de sexe féminine, indépendamment de son sexe anatomique.

          Par contre, et ici Lacan reste Freudien, il n’existe qu’une seule fonction chez l’humain pour ce qui touche à la question de la sexualité, c’est la fonction phallique que Lacan écrit Φx. Tout ce qui concerne le sexe chez l’humain se réfère à la fonction du phallus, de quelque côté que l’on se place.

          Et s’il existe une différence de position, c’est-à-dire, d’identification sexuée pour le parlêtre qu’est l’humain, comme l’appelle Lacan, ce ne sera du qu’à sa façon, « femme » ou « homme », avec laquelle il va s’insérer, se déclarer comme sujet dans cette fonction phallique. Ce sera sa déclaration de sexe. On l’aura ici, j’espère une fois pour toutes, compris : la loi qu’imprime le phallus chez l’être humain, c’est-à-dire, la fonction Φx, n’est en rien l’opérateur de leur différence sexuée, mais tout est redevable de la position subjective qu’un sujet va mettre en œuvre pour s’assujettir à cette loi phallique. En résumé : « Dis-moi, c’est-à-dire, fais-moi entendre quelle est ta position déclarative de sexe dans la structure du discours que tu tiens, et je te dirai de quel sexe tu es,…au moment où tu parles ! »

 

          Un mot sur les signes, qu’avec Lacan, depuis Lacan, on a pris l’habitude d’appeler les « quanteurs » en référence à la physique quantique, et à la logique proportionnelle.

          Deux types : les quanteurs existentiels, avec l’utilisation de petit x pour désigner le sujet humain : « il existe un » et « il n’existe pas un »…

 Les quanteurs universels : « pour tout x » et « pas pour tout x »…

 

          On a alors :

 

PARTIE SUPERIEURE GAUCHE : LA POSITION MASCULINE :

 

          Deux formules la caractérisent :

…..    « Il existe un x (un sujet) pour qui la fonction phallique ne fonctionne pas », ou « il existe un homme qui dit non à la castration » ou encore « il existe un homme qui s’inscrit en faux contre la castration ».

…..      « Pour tout x (tout sujet), il est vrai que la fonction Φx s’applique », ou « pour tout homme, il est vrai que Φx fonctionne », ou encore « tout homme est soumis à la castration ».

 

          Il n’y a pas de contradiction entre ces deux formules. En effet, depuis le séminaire L’identification (1961-1962), Lacan se sert de la logique du philosophe et logicien C. S. Peirce (1839-1914). Appliquant cette logique ici, il s’agit de comprendre la première formule « il existe un x qui dit non à la castration » comme l’exception. Le père de la horde primitive de la théorie freudienne de Totem et Tabou, le sur-mâle qui jouit de toutes les femmes, mais aussi de la femme en tant que toute, fait exception à la loi de la castration des hommes et permet ainsi que se fonde la règle, c’est-à-dire la loi de la castration pour tous les fils, tous les hommes…donc, excepté Lui ! Plus que confirmer la règle (la loi), l’exception la fonde, avec Peirce.

 

          Le père primitif fait donc exception. C’est lui que Lacan appelle l’ « au-moins-un » qu’il nomme et écrit parfois l’<<hommoinsun>>. Donc un qui échapperait à la castration. Fantasme de tout névrosé, homme et femme.

          Du côté des femmes, c’est plus particulièrement le cas de deux séries d’entre elles : les hystériques et les homosexuelles.

          Un homme, un « vrai », qui échapperait à la castration, n’est-ce pas là le vœu de toute hystérique ? Qui, faute de le trouver, se voit contrainte à « faire l’homme » comme dit Lacan, face à tous ces « dégonflés ». Car, enfin, si cet « hommoinsun » qui échapperait à la castration existait, il pourrait enfin donner corps à un tout petit peu d’existence du rapport sexuel. En voilà un, au moins, qui saurait désirer et jouir de toute femme et par là même, il pourrait faire exister enfin l’introuvable identité du sexe féminin !

          Un homme, un « vrai », un qui saurait enfin comment il faut aimer les femmes, aimer une femme comme il faut, voilà ce que voudrait les homosexuelles (ou hommosexuelles), car, comme elles le répètent sans cesse sur le divan, pas un seul n’aime vraiment les femmes - pas un seul, comme moi, seule, une femme, je sais les aimer !-.

 

          Pourtant, notons-le, à y regarder de plus près, de quoi les hommes tiennent leur identité d’hommes ? Eh bien, oui, de leur impuissance même à ne pas être le père primitif, à la règle de la castration, qui les fait bande d’hommes, clan, « les hommes », tout-Un, tous-Un ! Un pour tous, tous pour un… Une bande de castrés. La castration c’est ce qui les limite, leur permet de se rencontrer comme n’étant pas sans limites, c’est la réassurance de la position masculine qui ne fonctionne pas sans la limite qui est la règle de la castration pour tous, grâce à l’exception du père primitif et fondateur, seul à échapper à la castration…, mais, comme on le sait, pas à la mort !

 

          Pour pouvoir se dire « homme », de la catégorie, de la bande, du clan « homme », et bien sûr, aussi, que l’on vous reconnaisse comme tel, il existe donc une sorte de prix à payer : la castration pour tous, sauf un. L’impuissance pour chaque-un, mais aussi, pour chacun, la possibilité, peut-être une seule fois, de dépasser cette impuissance, d’échapper pour un temps à la castration, dont un exemple nourrit l’imaginaire des hommes et des femmes : le mythe de Don Juan.

          Lacan fait de ce mythe, plus spécialement un vœu féminin de l’ ‘’hommoinsun’’incarné dont elle pourrait avoir la maîtrise en étant celle qui arrête la série, en faisant moins appel à son père qu’à ses propres charmes et son pouvoir féminin, mais aussi une identification pour tout homme castré rêvant d’au moins une fois échapper à ladite castration, faire la loi en se soustrayant à la loi du père, sans être piégé par le réticulé pouvoir féminin, un équivalent, pour lui, du retour à la castration honnie.

 

PARTIE SUPERIEURE DROITE : LA POSITION FEMININE.

 

          De même ici, deux formules, mais autres…

……. Que l’on peut lire ainsi : « Il n’existe pas de x (de sujet femme) pour qui la fonction Φx ne fonctionne pas » ; ou « il n’y a aucune femme qui ne soit pas assujettie à la castration » ; ou encore « pas de femme qui puisse dire non à la castration ».

……  Que l’on peut énoncer comme cela : « Pour pas-tout sujet (femme), il est vrai que la fonction Φx fonctionne » ; ou « la femme n’est pas-toute soumise à la castration » ; ou encore « Pas-tout d’une femme ressortit de la castration ».

 

          De la première formule, une conséquence radicale s’en déduit : du côté femme, il est impossible de trouver une figure qui pourrait être fondatrice d’un ensemble appelé « femmes », tel qu’on peut le produire côté hommes grâce au père de la horde primitive qui fait l’exception qui fonde la règle, la loi. En effet, l’on voit bien sur le tableau des formules, qu’aucune femme ne fait exception à la règle, c’est-à-dire, qu’aucune femme ne s’inscrit en faux contre la castration, elles y sont toutes soumises ! Il n’y a pas de Mère fondatrice de la Horde primitive. Il y a à cet endroit un vide, un manque, c’est pour cela que Lacan, qui identifie la femme au grand Autre, va être amené à parler du grand Autre en tant que barré. Et que le signifiant correspondant va s’écrire S(Ⱥ) barré. Cette barre va signifier le trou dans l’Autre.

          Ainsi, et c’est une bien triste nouvelle que j’ai à vous apprendre, il s’en déduit qu’il n’y a aucune « sur-femme » à trouver pour fonder l’existence du sexe féminin en tant que sexe non-phallique, donc aucune symétrie avec le clan des hommes où un « sur-homme », incarné par le père fondateur de la horde primitive, lui permettait de fonder l’ensemble « hommes ». Aucune figure non-phallique du côté femme pour fonder un ensemble des non-phalliques. Toutes sont phalliques, que ce soit la figure de la Vierge, celles de la Mère, de la Sœur, de la Prostituée, de la Star, le fantasme des Amazones n’y déroge pas, jusqu’aux métaphores délirantes du phallus dans les cas de psychoses, toutes ces figures ne trouvent appui, ne se fondent que du phallus, pas du sexe non-phallique inommable.

 

          Mais au fond, que fait Lacan dans sa formulation mathématisée de la sexuation, du sexe, de la sexualité, sinon donner une formulation logique, ou logifiée, aux conséquences qui se déduisent de l’avancée freudienne sur la question, lorsque ce dernier, Freud, cerne l’absence d’une identité féminine, ou encore la non-découverte du vagin comme étant, réellement, un sexe non-phallique !

 

          Donc, reprenons : s’il n’existe pas de bande de femmes, de clan, de groupe, c’est-à-dire d’ensemble pouvant se constituer comme fermé, c’est bien parce qu’aucune femme ne peut dire non à la castration, aucune ne peut faire exception à la règle pour la fonder. Donc pas de règle côté femmes, et donc pas de loi commune comme du côté hommes. Mais cela ne va pas de soi pour chaque femme, pour une femme. Ce manque de fondement peut dès lors subir, pour tout sujet rangé du côté femme, deux devenirs. Ou bien ce manque est refusé, ou bien ce manque est accepté.

          S’il est refusé, pas d’autre issue pour le féminin que de venir se ranger du côté gauche, du côté masculin du tableau : Vx.Φx, seul refuge à un semblant d’identité. C’est alors le retour à ce que Freud a nommé le complexe de masculinité, c’est aussi, de ce fait, le retour à l’envie du pénis, le penisneid cher à Freud : IMPASSE ! Les féminismes ont toujours pris cette voie d’impasse, afin de réaliser leur fantasme qui consiste à ce que toutes les femmes fassent corps, qu’elles arrivent à constituer ainsi un ensemble fermé qui, vous le voyez, ne peut se réaliser qu’à se dire « comme les hommes » castrées, châtrées, une bande, oui, de châtrées, é, e, s ! Comme les hommes !

          Par contre, l’autre voie est parfaitement nouvelle. Et là, on la doit à l’avancée lacanienne. C’est du Lacan, plus du Freud. Quelle est-elle ?

          On se souvient que Freud fait déboucher la sortie du complexe d’Œdipe féminin sur une véritable impasse, retour à l’identification à la mère et quête du pénis sous la forme de l’enfant. Lacan procède autrement. Il fait le constat que La femme n’existe pas. Et il en tire immédiatement la conséquence logique : les femmes ne peuvent pas constituer un ensemble fermé, comme nous venons de le voir. Elles constituent donc un ensemble ouvert. On ne peut les compter « ensemble », alors on ne peut les compter que « une par une », comme Don Juan. Si les hommes peuvent faire Un, dans un ensemble fini, les femmes ne peuvent être rassemblées de même, elles restent cantonnées dans leur in-finitude. Mais il y a plus encore. Chaque femme « une », chaque –une n’est pas-toute inscrite dans la fonction phallique, elle ne s’inscrit ainsi que partiellement dans la fonction sexuelle telle que celle-ci est réglée par le pouvoir du signifiant. Ce que montre parfaitement les deux formules : moins Ex moins.Φx, « aucune femme n’échappe à la castration » ; moinsVx.Φx, « aucune femme n’y échappant, celle-ci n’est cependant pas pour autant toute prise dans la fonction phallique ».

 

          Voici enfin révélée, plus que la féminité, le féminin : le féminin s’avère être une division par rapport à la castration. Ainsi, le signifiant « femme » n’unifie aucunement la femme comme peut le réaliser le signifiant « homme » pour la bande d’hommes. Le signifiant « femme » possède cet étrange pouvoir, au contraire, d’avoir un effet de signifiant qui DIVISE une femme.

          Il s’ensuit quelques petites conséquences d’importance, non plus ici, bien sûr, comme vous le savez désormais, non plus pour La femme, qui n’existe pas, il faut donc toujours maintenant barrer le L/a de La femme, mais pour une femme.

          Une femme se trouve être doublement divisée au sein même de sa sexualité. Côté signifiant, côté identitaire si vous voulez, elle entretient ainsi un double rapport. D’une part, elle entretient un rapport au signifiant phallique que généralement un homme se trouve venir incarner pour elle - généralement, mais une femme peut aussi bien arriver, sinon rigoureusement, à l’incarner pour elle, mais le représenter, le mettre en œuvre ou en action -, d’autre part, elle entretient un autre rapport au signifiant de l’Autre, ce fameux Autre qui n’existe pas au niveau de la jouissance phallique et qu’il faut noter grand Ⱥ.

Côté corps, elle entretient également un double rapport à la jouissance, parce que, avons-nous dit, le phallus et donc la fonction phallique la scinde plutôt qu’elle l’unifie. Une femme, ainsi, s’éprouvera d’une part comme, en partie, mais pas-toute, prise dans la jouissance phallique ; d’autre part elle pourra se rencontrer et s’éprouver prise dans une Autre jouissance, que Lacan appelle «jouissance de l’Autre » ou ensuite, qu’il appelle « jouissance du corps ». Il s’agit bien d’une jouissance du corps de l’Autre, du petit autre, du partenaire qui l’incarne. Cette jouissance est une jouissance, Lacan, le note et l’indique, comme supplémentaire à la précédente, la jouissance phallique. Supplémentaire, ne dites pas complémentaire. Elle n’est pas là à tous les coups, elle ne se produit que dans cette position féminine, donc même, potentiellement pour un homme anatomique. Tout ceci, vous le voyez clairement j’espère maintenant n’a plus rien à voir avec le fangeux débat, du en partie à Freud, sur l’opposition et les bienfaits respectifs entre la jouissance clitoridienne et la jouissance vaginale…

N’allez pas conclure pour autant que ce qui vient d’être dit débouche sur une quelconque essence ou nature féminine qui n’existe pas chez Lacan. Et n’allez pas non plus conclure que pour les hommes, c’est la jouissance phallique, et pour les femmes, c’est la jouissance Autre. Non, ce n’est pas ce que dit Lacan qui a pris soin de faire ce tableau pour mettre à découvert la logique qui préside à la détermination d’un sujet de venir se ranger d’un côté ou de l’autre, d’où il s’ensuit quelques conséquences. Il faut donc arriver à se placer d’Un côté, du côté de l’Un, ou de l’Autre, du côté du rapport au grand Autre. Les hommes se situent majoritairement, toute la culture les y pousse, du côté de l’Un, les femmes ont à se coltiner la difficulté à exister du côté de l’Autre, …comme Autre.

 

          Le grand problème de cette Autre jouissance, on le connaît. C’est que cette jouissance n’est que supposée, car l’on en sait rien. Pourquoi ? Pas-toutes les femmes l’éprouvent, et celles qui disent l’éprouver, quelques mystiques, par exemples, femmes…et hommes…, elles n’arrivent pas à en dire quelque chose. Pourquoi ? Parce que cette jouissance au-delà de la jouissance phallique qui est quand même une jouissance insatisfaisante, cette jouissance qui ne convient pas au rapport sexuel en faisant objection à la jouissance du corps de l’Autre) est une jouissance hors-langage. Donc impossible à dire.

 

          Pourtant, cette jouissance Autre, il faut, avec l’éprouvé de certaines femmes, quand même en faire la supposition d’existence. C’est même déductible de par le signifiant et sa propriété fondamentale : quelle est la propriété fondamentale du signifiant ? C’est celle de faire coupure. Le signifiant délimite ainsi un bord. Donc le signifiant, en quelque sorte dit et, dans le même temps du même acte évoque autre chose que ce qu’il dit. Le signifiant, quand il s’énonce produit aussi, lui-même, son au-delà de signifiant. Le signifiant primordial par excellence, le phallus, le seul signifiant qui n’a pas de signifié, ce qui ne l’empêche pas, justement à cause de cela, de désigner dans la langue une multitude d’effets de signifié. A chaque énonciation du signifiant du phallus, quel est sont effet ? Eh bien, son effet c’est de faire voile du phallus et, bien sûr, dans le même temps du même acte d’énonciation, de faire accroire à un au-delà du voile, de faire croire à une présence cachée qui ne pourrait être que de l’ordre, précisément, de l’être ! Retour à Aristote !

          Ainsi, supposer une Autre jouissance, ou un jouissance Autre, est parfaitement conforme à la logique de l’effet, sans doute le plus radical, du signifiant du phallus. Et l’on voit bien alors que cette jouissance Autre, quand elle se produit, est comme chevillée à la jouissance phallique. Pas de jouissance Autre, sans avant avoir à en passer, d’abord, en quelque sorte, par la jouissance phallique. Ce que va clairement préciser Lacan, lorsqu’il insiste pour dire, dans la séance précédente du 20 février 1973, que cette jouissance Autre est, non pas complémentaire, mais supplémentaire à la jouissance phallique, car elle ne peut être évoquée, mais aussi située, qu’à partir de la castration. Nous en déduisons alors que cette Autre jouissance non-phallique, qui est jouissance du corps de l’Autre, ne surgit qu’à partir de la jouissance sexuelle limitée à l’organe, la jouissance phallique. Dans cette même séance, Lacan dira à ce propos : Ce n’est pas parce elle est pas-toute dans la fonction phallique qu’elle n’y est pas du tout. Elle y est pas pas du tout. Elle y est à plein. Mais il y a quelque chose en plus.

 

          Que conclure ? Qu’il faut en passer par la castration pour y trouver qu’à sa marge l’on peut rencontrer qu’un bord se trace, se délimite au-delà duquel un au-delà apparaît et qu’un place se creuse comme produite par ladite castration. Cette place, ce lieu peut s’éprouver, mais pas se dire. Un vide persiste à ne pas pouvoir se dire. L’inconsistance de cette place, par contre, fait appel à ce que l’imaginaire vienne à se loger, précisément pour pallier cette inconsistance par une image-inaire, unaire, lunaire, consistance.

 

          Tout ceci nous amène, pour conclure provisoirement, à dire un mot, en somme assez, je dirai, renversant, concernant l’homosexualité dite féminine, et, plus précisément, d’une homosexualité structurale de toute position féminine.

          On aperçoit bien, sur la partie inférieure du tableau que du côté du La barré de La femme, la division de la jouissance, je dirai, s’éclate en deux polarisations. D’une part, du côté du phallus qu’à l’occasion un homme peut incarner pour elle (mais on l’a dit, pas seulement un homme) ; de l’autre côté celui du signifiant du grand A barré, S(Ⱥ), c’est-à-dire de ce qui manque de signifiant dans l’Autre, son trou, sa faille, sa fente, c’est-à-dire encore, le sexe féminin lui-même. Et, ce pôle, ce lieu, vous le voyez bien sur le tableau lacanien, il se situe sur le bord féminin. Alors quoi ? Mais oui, mais oui : une femme ne tire pas toute sa jouissance de son partenaire (je ne dis pas ici de l’homme, pas de l’homme seulement), mais elle en reçoit, dudit partenaire, un en-plus, c’est-à-dire quoi ? Eh bien elle en reçoit dudit partenaire une part en plus de son propre sexe, de son sexe propre pour autant que son propre sexe est justement du pas-tout phallique. Le partenaire est l’occasion d’une mise en rapport, pour elle, avec son propre sexe pas-tout phallique.

 

          Qu’en déduire, sinon qu’il faut bien se résoudre à considérer qu’il existe au moins deux homosexualités féminines. La première, que l’on pourrait pas faire mieux que d’appeler et d’écrire hommosexualité, car il s’agit d’une homosexualité où l’une fait l’homme, le vrai, pour l’autre, voire réciproquement. La seconde, de structure, de la position féminine, qui, vous le remarquerez avec moi, ressemble étrangement à ce qu’elle s’avère être de facto, une véritable Hétérosexualité, la seule véritable hétérosexualité en fait, car la plus radicale, car reposant sur la logique de la pure hétérogénéité de la femme au phallus, le L/a barré de la femme étant directement référé au S(Ⱥ). Ainsi, la part proprement féminine de la jouissance est chevillée au signifiant du manque dans l’Autre, S(Ⱥ), et ceci bien au-delà de la part phallique fournie par l’homme (ou la femme) qui lui sied comme partenaire. Mais enfin, qu’est-ce que ça veut dire ? Ca dit qu’une femme, tout simplement, jouit d’elle-même, en tant qu’Autre, à elle-même : homosexualité, que j’ai appelé de structure.

          Voilà pourquoi un homme (si tel est son choix de partenaire) se ressent comme toujours frustré de cette jouissance-là. Il enrage, et veut souvent lui en faire rendre gorge, de cette jouissance Autre, car de sa position de mâle il ne peut avoir accès à la béance féminine, béance où la femme campe, occupant la place de l’Autre, qui, précisément MANQUE. Une femme jouit d’être manque phallique, c’est insupportable pour l’homme-maître.

 

          Que reste-t-il à l’homme ? Le fantasme. Le rapport de l’homme à la femme se réduit à son fantasme, que Lacan écrit S poinçon petit a. Ainsi, pour un homme, une femme, à la limite, ne peut avoir valeur que comme objet petit a, c’est-à-dire encore que comme objet partiel, même à écrire au pluriel, jamais comme corps entier, jamais dès lors comme corps de l’AUTRE. Qu’est-ce qu’il en voit, qu’est-ce qu’il en appréhende, qu’est-ce qu’il en jouit de ce corps ? Jamais UN corps, mais un regard, une voix, une peau, un sein… Toujours des morceaux, des bouts de corps, et c’est de ces petits bouts fétichisés qu’il jouit. Jamais donc, structure oblige, il ne jouit du corps féminin (sauf, hypothèse d’école, à se retrouver situé lui-même en position féminine), d’une part dans son entier, mais plus encore, jamais du corps comme tel dans sa radicale et propre altérité. Jamais, donc il ne jouit du féminin, mais seulement du leurre, produit de/par la féminité. D’où, malgré une certaine sienne satisfaction bien personnelle d’homme d’avoir joui et, quelques fois, fait jouir sa partenaire, l’arrivée d’une plus ou moins discrète anxiété - tamponnée par la cigarette, l’éloignement de ce corps, l’alcool, à votre convenance… -. Il a joui, oui. Il l’a fait jouir, certes (mais est-ce bien si sûr ?). Mais il ne la pas vraiment possédée. Qu’est-ce que ce serait pour lui de « l’avoir vraiment possédée » ? Ce serait d’avoir participé à sa jouissance A ELLE !!

 

 

***

         

 



[1] Jacques Lacan, Séminaire Encore,  version non-millérienne de cette séance du 13 mars 1973. On lira la version de J-A. Miller, Le Séminaire, Livre XX, Seuil, 1975, p.73-82.



ARTICLE du 08/11/2008 14:53:29   DE LA NOTION AU CONCEPT DE TRANSFERT, DE FREUD A LACAN
 

Jean-Michel LOUKA

"De la notion au concept de transfert, de Freud à Lacan",

Editions L'Harmattan, collection "Psychanalyse et civilisations", Paris, novembre 2008, 234 p.

 ISBN: 978-2-296-06998-5

 

Si Sigmund Freud rencontre la notion de transfert et la transforme en concept de la psychanalyse, Jacques Lacan fait évoluer ce dernier en l’intégrant, comme toute question de la psychanalyse, dans les trois dimensions de son ternaire RSI (Réel, Symbolique, Imaginaire).

 Bien évidemment, Lacan parle de la dimension imaginaire du transfert, déjà majoritairement présente dans la conception freudienne, mais il en dégage irréversiblement la dimension symbolique.

 Qu’en est-il alors, dans la logique de l’abord lacanien, d’une troisième dimension, réelle, du transfert ?

 Ce livre est une enquête. Celle-ci s’attache à suivre, progressivement, cette logique qui débouche sur un « Réel de transfert », cernable dans l’œuvre de Lacan, bien que jamais nommé comme tel.

                                               ***

Jean-Michel LOUKA pratique la psychanalyse à Paris.

Il est membre de l’Ecole Lacanienne de la Salpêtrière (ELS), qu’il a contribué à fonder.

 

 

TABLE DES MATIERES

 

INTRODUCTION

 LIMINAIRE 1

 LIMINAIRE 2

 

CHAPITRE I

 AU COMMENCEMENT LE TRANSFERT…

 

1) Les yeux du grand Brücke

2) … et ceux de maître Charcot

3) Joseph Breuer, le grand frère

4) Fliess, le double

5) Carl Gustav Jung, le premier transfert filial

 

CHAPITRE II

 LA BUTEE CLINIQUE DU TRANSFERT

 

1) La petite Bertha

2) Alors vint Dora

 

CHAPITRE III

 LA THEORIE FREUDIENNE DU TRANSFERT

 

1) Un transfert très dynamique

2) Remémorer ou répéter ?

3) Aimer, transférer

4) La vingt-septième conférence

5) La théorisation freudienne du transfert

 

CHAPITRE IV

 LA REPRISE LACANIENNE

 

1) Comment ré-intervenir sur le transfert ?

2) Le séminaire I : la naissance du transfert

3) Le séminaire I : Dora, one more time

4) Le séminaire I : la structure du transfert

5) Le séminaire I : l’amour versus le désir

 

CHAPITRE V

 UN TEMPS DE LATENCE

 

1) Le séminaire II : sur le moi

2) La cure en 1958

 

CHAPITRE VI

 LE SEMINAIRE DU MEME NOM

 

1) La chute de l’intersubjectivité

2) l’acmé de l’ouden ôn

 

CHAPITRE VII

 LA TRILOGIE CLAUDELIENNE

DES COÛFONTAINE – L’OTAGE

 

CHAPITRE VIII

 LA TRILOGIE CLAUDELIENNE –

LE PAIN DUR et LE PERE HUMILIE

 

CHAPITRE IX

 LA FIN DE LA TRILOGIE, ou …

« Au désir de la femme »

CHAPITRE X

 LE TRANSFERT, SELON LACAN

 

1) Du sujet supposé savoir

2) Du transfert dans le Réel

3) Du Réel dans le transfert

 

CONCLUSION


 



ARTICLE du 06/11/2008 15:47:41   Deuxième séance du 05 novembre 2008
 

ELS

Séminaire 2008-2009

LE SEXE NAÎT « PAS TOUT »

Deuxième séance du 05 novembre 2008

 

On inscrit au tableau le tableau de la page 73, séance du 13 mars 1973, du séminaire Encore, Seuil, 1975.

 

Sigmund Freud, chapitre « Différenciation de l’homme et de la femme » de son ouvrage de 1903, Trois Essais sur la théorie du sexuel [1]:

 

« Il est indispensable de se rendre compte que les concepts de « masculin » et  « féminin », dont le contenu semble tellement non équivoque à l’opinion commune, appartiennent dans la science à ceux des plus confus et sont à décomposer dans au moins trois directions différentes. On utilise masculin et féminin tantôt dans le sens d’activité et de passivité, tantôt dans le sens biologique, et puis aussi sociologique. La première de ces trois significations est celle qui est essentielle et utilisable le plus souvent dans la psychanalyse. C’est de celle-ci qu’il s’agit lorsque la libido est désignée comme masculine, car la pulsion est toujours active, même là où elle s’est donnée un but passif. La deuxième signification, biologique, de masculin et féminin est celle qui permet la différenciation la plus claire. Masculin et féminin sont ici caractérisés par la présence du spermatozoïde et de l’ovule, et par les fonctions qui en découlent. […] La troisième signification, sociologique, reçoit son contenu de l’observation des individus masculins et féminins effectivement existants. Il s’ensuit pour l’être humain que, ni dans le sens psychologique, ni dans le sens biologique, on ne trouve une pure masculinité ou une pure féminité. »

 

Freud reparle à peu près en ces mêmes termes lors de sa conférence de 1933 La féminité.

 

En 1925, soit vingt-deux ans plus tard dans la conclusion de son article Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes :

 

« […] tous les individus humains, par suite de leur constitution bisexuelle et de leur hérédité croisée, possèdent à la fois des traits masculins et des traits féminins, si bien que le contenu des constructions théoriques de la masculinité pure et de la féminité pure reste incertain. »[2]

 

En fait, bien entendu, avec la science biomédicale actuelle, on peut isoler deux entités séparées, homme et femme : homme, XY, avec le chromosome Y et son gène TDF (ce dont Freud n’avait pas connaissance), responsable du phénotype masculin, sexe « faible », fragile, et femme XX, sexe homogène, sexe « fort ».

 

Mais la question n’est pas vraiment là : on a deux sexes bien individués biologiquement, mais cela ne résout en rien la question de la différence des sexes…les contraintes logiques et mentales sont ici prévalentes.

 

Comment passe-t-on de la différence des sexes à l’existence de deux sexes bien différenciés par la science ? Et réciproquement !

Les sexes n’existent-ils que relativement l’un à l’autre ? Et la différence sexuelle ne serait alors rien d’autre que ce qu’Aristote, lui-même, nommait déjà un « relatif » ?

Ou bien chacun de ces deux sexes relèveraient-ils d’une « substance » singulière, alors la différence sexuelle ne serait plus que la conséquence d’une telle dualité de substances ?

Ainsi, on aurait d’abord des substances séparées et les relatifs aménageurs qui suivent ? Ou bien que du relatif au départ, puis nous construisons des blocs séparés au moyen de notre imagination ?

 

Si Freud lui-même ne se dégage pas de la figure de pensée dans laquelle nous sommes tous engagés lorsqu’il s’agit de penser le passage de la différence des sexes à l’existence de deux sexes bien séparés, bien individués, Lacan, pour sa part reprendra les choses autrement. Mais il y mettra le temps…Près de quinze ans !

 

Tout d’abord, durant ces quinze ans où il subvertit bien des points de la théorie de Freud, sur ce sujet il ne touche à rien. A ce moment-là, et sur ce sujet-là, Lacan c’est du Freud.

 

Pourtant, il va commencer à s’y mettre quand même un peu, à partir de son petit texte de 1958, intitulé « Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine ».[3]

Pour Lacan, aucune « nature » ne vient définir chacun des partenaires sexuels. Ce sont les déterminations symboliques qui sont prévalentes et donc les plus déterminantes. Elles contraignent chacun à trouver son statut, et son statut en fonction de l’autre, …et de l’Autre.

 

« […] la castration ne saurait être déduite du développement, puisqu’elle suppose la subjectivité de l’Autre en tant que lieu de sa loi. L’altérité du sexe se dénature de cette aliénation. L’homme sert ici de relais pour que la femme devienne cet Autre pour elle-même, comme elle l’est pour lui. »[4]

 

Avec Lacan, on l’aura tout de suite compris : pas question de chercher, pour chaque sexe, une quelconque « nature ». Pas question de construire des entités séparées. Chaque sexe répond à l’autre, ça marche ensemble, tant au niveau du désir qu’à celui de la jouissance. Côté femme il parle d’« une jouissance enveloppée dans sa propre contiguïté » ; côté homme « un désir que la castration libère chez le mâle en lui donnant son signifiant dans le phallus[5] ».

 

Chaque être parlant, chaque « parlêtre » est mis en relation avec la jouissance sexuelle. Mais chaque sexe n’a pas ici la sienne, le « à chaque sexe sa jouissance » d’un Jones, pour Lacan, cette hypothèse est exclue. Car toute jouissance sexuelle est appariée au phallus. Mais bientôt, avec l’apparition de l’objet a, le phallus de substantif va devenir adjectif. La jouissance sexuelle devient « jouissance phallique ». Ceci, chez Lacan, est d’ailleurs conforme au « il n’y a qu’une libido, la libido de type mâle » de Freud. Bien qu’il va être de plus en plus embarrassé par cette unicité de la libido, cette libido freudienne conçue comme activité pure. Car de cette définition, il s’en est suivi une confusion entre la définition discrète du sexe (Homme/Femme) et sa définition continue (plus ou moins actif/plus ou moins passif).

 

Il va falloir attendre le printemps 1972, le 10 mai 1972, dans le Séminaire ... ou pire pour voir Lacan prendre le chemin, confusément d’abord en traitant de  « l’infini actuel » en tant qu’un « inaccessible », de résoudre à sa manière ce problème, à partir du 1. Le 1, dit-il « j’ai suffisamment souligné qu’il s’engendre de ce que le 0 marque de manque ».

 

« […] ce dont il s’agit, et ce dont je suis parti, est ce qui est fait pour vous suggérer l’utilité de ce qu’il y ait de l’un, [pour] que vous sachiez entendre ce qu’il en est de cette bipartition à chaque instant fuyante, de cette bipartition de l’homme et de la femme : tout ce qui n’est pas homme est-il femme, on tendrait à l’admettre. Mais puisque la femme n’est « pas-toute », pourquoi tout ce qui n’est pas femme serait-il homme ? Cette bipartition, cette impossibilité d’appliquer, en cette matière du genre, quelque chose qui soit le principe de contradiction […], c’est cela que je vous indique comme étant ce qui doit permettre à l’analyste d’entendre un peu plus loin[6] […] ».

 

Il y a une certitude pour Lacan à propos de la jouissance qualifiée de phallique. Elle existe. Elle concerne tous et toutes, car nul n’est sujet s’il ne parvient, à un moment ou à un autre, à se produire comme tel, sujet, dans le langage et par le langage. Il/elle participe ainsi de cette jouissance qui se caractérise par son articulation du corps et de la parole et génère une liaison définitive entre le plaisir sexuel et le jeu des signifiants, tant au niveau de la phonation qu’à celui de l’audition. La jouissance phallique est ainsi un universel.

 

Cependant, les choses se gâteraient-elles, lorsque l’année suivante, le 13 février 1973, il se demande s’il y aurait une autre jouissance que la phallique… ?

 

« Jouissance » est un terme que Lacan introduit. Il n’est pas freudien et on serait en peine d’en trouver l’exact équivalent chez Freud. Dans le corpus freudien, on a Lust qui n’est rien d’autre que le plaisir, il obéit à son principe. Genuβ, pourrait en effet se traduire par « jouissance », mais il est fort rare sous sa plume, et n’a pas valeur conceptuelle. On sait que Lacan traduira « au-delà du principe de plaisir », par… « jouissance ».

Et l’avantage de cette jouissance phallique, c’est qu’elle n’emporte aucune partition. Elle vaut pour « tout » être parlant, indépendamment de son sexe (Homme/Femme) et de son genre (masculin/féminin). Elle est universelle.

 

Mais le 13 février 1973, donc…reste-t-elle la seule ?

Le verdict tombe vers la fin de cette séance du Séminaire Encore :

 

« S’il y en avait une autre, il ne faudrait pas que ce soit celle-là [7]».

 

Voici donc comment Lacan fit émerger, à partir de là, une jouissance autre que phallique.

Mais elle ne conviendrait pas à qui ? A quoi ? Elle ne conviendrait pas au dire :

 

« On la refoule, ladite jouissance, parce qu’elle ne convient pas à ce qu’elle soit dite, et ceci pour la raison justement que le dire n’en peut être que ceci  - comme jouissance elle ne convient pas[8]

 

Le problème est complexe, il n’y a pas qu’une jouissance, la phallique, celle qui fait la jointure du parlêtre au langage et au Symbolique dans son ensemble,…mais à vrai dire, il n’y en a pas deux non plus, car la deuxième, la non-phalliqaue n’existe pas car elle est sans lieu, bien qu’elle accompagne la phallique comme son ombre, elle est donc centrale chez l’être humain, tout en étant rien, car d’aucune expérience singulière qui puisse se dire. Ainsi, on ne peut l’évoquer que pour, tout de suite, la nier dans le même mouvement, du fait que sa référence est absente. Cette absence est cependant cruciale pour qui veut apprécier la consistance de la jouissance phallique, autrement dit la qualité de son universalité.

 

Vers la fin des années soixante, Lacan énonce cette affirmation selon laquelle « il n’y a pas de rapport sexuel » ! Stupeur !

Mais au tournant des années soixante-dix, il va accompagner cet énoncé de ses fameuses formules logiques de la sexuation, en gestation depuis quelques temps déjà, et qui vont maintenant nous occuper un moment.

 

Lorsque Lacan introduit sa définition du sujet, en tant que « représenté par un signifiant pour un autre signifiant » (et non pas pour un autre sujet), nous sommes dans le séminaire L’identification, soit dans l’année 1961-1962.

Il se condamne, irrémédiablement alors à devoir, un jour ou l’autre, inventer  - ma seule invention, dira-t-il -, un objet ad hoc, lié audit sujet mais autrement que par le binaire sujet/objet, « son » objet, l’ « objet partiel » dont parle cependant déjà Mélanie Klein depuis plus de vingt ans (part object), mais là, lacanien, et qu’il nomme ainsi dans la séance du 1er février 1961, soit l’objet petit a, objet non-spéculaire, qu’il vient d’aborder dans le séminaire Le transfert, 1960-1961, avec la notion d’agalma, et sa propriété particulière de « brillance », alors que l’objet a, lié à la notion de petit autre, il en parle depuis cinq ans déjà.

 

Lacan est à la recherche d’une base autre que biblique, concernant la différence des sexes, la différence homme/femme, leur statut respectif par rapport à quoi ? Par rapport à la jouissance. C’est par-là qu’il va les attraper, non pas, donc, par la Bible, ni par la pente chromosomique, devenue plus finement génétique,…Non ! Par la logique. Celle d’Aristote prise jusque dans son défaut…

 

Et on le voit construire à sa main, interroger à sa façon, cette logique dans les séminaires des années 1970-1971, 1971-1972, 1972-1973, respectivement D’un discours qui ne serait pas du semblant, ou pire et Encore.

Que cherche Lacan, entre le séminaire « Le transfert » de 1960-1961 et « Encore » onze ans plus tard ? Le transfert, c’est l’émergence de l’objet petit a. Encore traite de l’amour, c’est-à-dire, en somme, de la même question, l’amour de transfert qui est de la même étoffe que l’amour, tout simplement, comme on le sait maintenant. Mais Encore, c’est l’aboutissement de son travail sur la logique des « quanteurs de la sexuation », les quantificateurs de la logique aristotélicienne qu’utilise Lacan en les pliant à sa main. Il recherche surtout l’exception, l’au moins-un qui écorne le tout. Encore, c’est, enfin, l’introduction de la nodologie, la théorie des nœuds borroméens, pour l’instant à trois : R, S, I.

 

Lacan formule et reformule les écritures aristotéliciennes de la logique, celles qui concernent les universelles, positives et négatives, et leur particulière respective. Lacan est à la recherche de son « pas-tout », son exception, son « au-moins-un ». Il finira par le trouver l’inventer, par l’écriture en cernant la faille d’Aristote à cet endroit. Je vous passe les démonstrations logiques et je vous renvoie à Guy Le Gaufey, aux pages 65 à 95, essentiellement de « Le pastout de Lacan, consistance logique, conséquences cliniques »[9].

 

Ne faisant pas tourner les grands moulins théoriques de la logique aristotélicienne, nous prendrons, cependant, un peu de leur farine…

 

Quel est le pas, sinon en avant, du moins de côté, que fait Lacan à ce moment-là ?

Je résume, je condense : Aristote n’a eu de cesse de rejeter une certaine catégorie de particulière, dite particulière maximale. Si je dis avec la particulière minimale, par exemple, « quelques A appartiennent à B », cela veut dire, car cela se démontre, que tous le font ; dans le sens de la particulière maximale, si je dis « quelques A appartiennent à B », j’exclus, ce faisant, que tous y appartiennent, seuls pas-tous le font, c’est l’exemple des racines réelles des équations du second degré comme le montre Lacan, à la séance du 19 mai 1971.

 

Lacan va ainsi privilégier cette forme maximale de particulière, laquelle objecte à l’universelle en affirmant, dans le même temps : si quelques x possèdent telle propriété, on ne doit pas en conclure que pour autant que tous le font. Mais bien au contraire : pas-tous la possèdent.

 

A travers sa progression, Lacan ne cherche pas le trait pertinent qui différencierait homme et femme, il ramasse ce qu’Aristote a laissé tomber : soit la particulière maximale.

Lors de la première séance du séminaire …ou pire, il le signale ainsi :

 

« […] le pastout, qui est très précisément et très curieusement ce qu’élude la logique aristotélicienne […]»[10].

 

Mais Lacan fait plus en franchissant un pas essentiel concernant l’universelle négative, spécialement l’épineux problème de son écriture. Lacan cherche à évacuer toute dimension d’universalité dans ses écritures de droite du tableau que l’on découvrira en fin de parcours. Je passe la parole à Guy Le Gaufey, vrai spécialiste de la question :

 

« […] ce mouvement à commencé d’emblée avec le pas-tous de la particulière négative, pas-tous et pastout étant ici équivalents dans la mesure où lorsqu’il y a un « tous » régulièrement formé, autrement dit un ensemble en bonne et due forme, il est toujours possible d’en saisir un élément quelconque, et de considérer que « pour tout » élément, la fonction Φ vaut et ne vaut pas. Il applique alors la solution inverse de celle qui vient de lui permettre d’écrire une particulière (négative) avec la négation d’un quantificateur universel. ; il va maintenant écrire une universelle en niant un quantificateur existentiel : à la place de    (p.90), il écrit   (p.90). Ces renversements entre quantificateurs sont-ils légitimes ? Peut-on passer de l’un à l’autre par la seule négation ?

                                         

Logiquement, il y a lieu d’en douter. Que la négation de l’universalité produise de l’existence est déjà questionnable : si « pas-tous », alors « quelques », certes, mais je peux tout aussi bien soutenir « si pas-tous, alors aucun ». Et de la même façon, si j’affirme « pas quelques », je peux aussi bien conclure « alors tous » que « alors aucun ». Une ambiguïté essentielle est ici reconduite qui n’a rien d’anodin.

 

Or cette ambiguïté, c’est ce que vise Lacan depuis dix ans déjà, depuis la séance du 17 février 1962, lors du séminaire L’identification, quand il saluait l’intuition de Peirce selon laquelle l’universelle négative peut être conçue, non seulement comme l’ensemble des éléments qui ne satisfont pas à la fonction, mais aussi comme le lieu où ne se rencontre aucun élément. Le « pas quelques »       (p.90) est à lire ici comme « aucun », alors même qu’il vient prendre place d’un « tous ». C’est bien le pas que franchit Lacan avec son écriture de l’universelle négative :            (p.90), il n’y en a pas pour dire non.

 

Ici, indéniablement, se situe la pointe de son invention, bien plus que du côté du « pas tous » (Aristote déjà le profère, relayé par Brunschwig[11]), ou de l’apparente contradiction entre universelle et particulière affirmatives (qui ne relève que du sens maximal de la proposition particulière). Car en décidant d’écrire l’universelle négative avec la négation d’un quantificateur existentiel, Lacan rejoint l’intuition de Peirce pour mieux ancrer son sujet, celui dont on l’a vu soutenir qu’il entretenait un rapport très spécial avec le rien, un rien différent de celui de Freud ou de Hegel.[12] Mais surtout, avec cette écriture, il obtient une sorte de verrouillage de sa batterie de formules qui, sans cela, irait à vau-l’eau. »[13]

 

Lacan ne cherche pas la symétrie entre Homme et Femme. Tout au contraire, en les voulant soumis tous deux à la problématique phallique, il veut faire apparaître une asymétrie quant à la jouissance. Lacan veut saper la symétrie de prétendues essences qui apparaissent dans les dualités Homme/Femme, Yin/Yang, XX/XY, membré/non-membré, etc. Une distinction, on le sait, lui est chère : être (essence) versus existence. Concernant la déconstruction des essences (par exemple l’essence du psychanalyste, il n’y a pas d’être du psychanalyste, seulement l’existence, au mieux, parfois, d’une fonction psychanalyste), le rapport sexuel se pose là. L’inexistence du rapport sexuel tient au fait de reconnaître qu’il est impossible de produire des entités symboliques de même niveau côté homme et côté femme. Sinon il faudrait les considérer l’un et l’autre comme des essences que l’on pourrait, chacune, développer par une universelle consistante, ce que Lacan s’emploie, présentement, à nier radicalement.

 

Le 3 mars 1972, Lacan avouera, enfin, son ambition logicienne, de fonder un nouvel universel sur l’exception qui lui fait objection, c’est le « il en existe au-moins-un qui ne soit pas serf de la fonction phallique », côté homme. Côté femme, dans ce qu’on appelle le deixis de droite du tableau, c’est un peu plus complexe et nous y reviendrons la prochaine fois. Mais disons tout de suite qu’ici, il n’y a pas d’exception :       (p.95).

 

« C’est là quelque chose qui n’a pas plus de symétrie avec l’exigence désespérée de l’au-moins-un […] le fait qu’il n’y ait pas d’exception n’assure pas plus l’universelle de la femme, déjà si mal établie, en raison de ceci qui est discordant : le « sans exception », bien loin de donner à quelque « tout » consistance, naturellement en donne encore moins à ce qui se définit comme pastout. »[14]

 

Lacan aboutit ainsi à des écritures contradictoires, conjointes dans un même deixis, côté droit, côté femme donc. Il « […] pose un domaine d’individus échappant à toute collectivisation qui en produirait l’essence, ainsi que l’article défini, en français la signe. D’où le fameux « La femme n’existe pas », énoncé résiduel provoquant de cette traque au défaut partiel d’universelle chez l’être parlant », dit Le Gaufey, qui ajoute un peu plus bas, pour résumer le point logique d’aboutissement d’un Lacan logicien du sexe : « pour autant qu’il y a un tout, il est fondé sur l’existence de l’exception d’au-moins-un (donc possiblement de plusieurs), et pour autant qu’il n’y a pas d’exception, alors les plusieurs qui existent ne forment aucun tout ».[15]

 

Universelle phallique du sexe, côté homme, fondée sur l’exception qui génère un tout ; pas d’universelle de la femme, côté femme, car pas d’exception, et pas de tout. Car il existe une jouissance phallique à laquelle tous, hommes et femmes, sont soumis, mais, du côté femme, il en existe une autre…

 

Déjà, dès le 17 février 1971, Lacan énonçait :

 

« Ce que désigne le mythe de la jouissance de toutes les femmes, c’est que un « toutes les femmes », il n’y en a pas. Il n’y a pas d’universelle de la femme. […] Voilà ce que pose un questionnement du phallus, et non pas du rapport sexuel, quant à ce qu’il en est de la jouissance féminine. C’est à partir de ces énoncés qu’un certain nombre de questions se trouvent radicalement déplacées… »[16]

 

 

***

 

 

 

 

 



[1] Sigmund Freud, Trois Essais sur la théorie du sexuel, trad. La transa, 1985, Tome III, p.39-43.

[2] S.F., Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes, La Vie sexuelle, Paris, PUF, 1969, p.132.

[3] J. Lacan, « Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine », in Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p.725-736. Le Congrès aura lieu en 1960.

[4] J.L., Ibid., p.732.

[5] Ibid., p.735 ;

[6] J.L., … ou pire, séance du 10 mai 1972, inédit, (version Cholet)

[7] J.L., Séminaire Encore, Paris, Seuil, 1975, p.56.

[8] Ibid., p.57.

[9] Guy Le Gaufey, Le pastout de Lacan, consistance logique, conséquences cliniques, EPEL, collection Lacan, 2006. On se reportera aux pages indiquées dans le texte pour les écritures logiques.

[10] Jacques Lacan, …ou pire, inédit, séance du 8 décembre 1971.

[11] Jacques Brunschwig, « La proposition particulière et les preuves de non-concluance chez Aristote », Cahiers pour l’analyse n°10, Travaux du Cercle d’épistémologie de l’ENS, Paris, Seuil, 1969, p. 3-26. Sur lequel Lacan s’est beaucoup appuyé.

[12] J. Lacan, « Le rien que j’essaie de faire tenir à ce moment initial pour vous dans l’instauration du sujet est autre chose. » Séminaire L’identification, séance du 28 février 1962 (p. 25 et 26 de la sténotypie).

[13] Guy Le Gaufey, opus cité, p. 89-90.

[14] J. Lacan, …ou pire, séance du 3 mars 1972, p.17 (version Chollet).



ARTICLE du 04/10/2008 19:45:07   Première séance du 1er octobre 2008
 

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais, de plus en plus, on veut TOUT… !

On préfère le tout : être dans le tout, … c’est sans doute plus apaisant.

On veut que tout et chacun soient tout.

Tout blanc ou tout noir.

Croyant ou athée.

Divin ou humain.

Individualiste ou collectiviste.

Capitaliste ou socialiste.

Scientifique ou littéraire.

Médecin ou profane.

Homme ou femme.

Homo ou hétéro.

Phallique ou châtré.

Sachant ou idiot.

Mort ou vivant.

Libertin ou fidèle.

Résistant ou collaborateur.

Seul mais libre ou appartenant à

La lenteur ou la vitesse, l’immédiateté.

Ajouter des jours à sa vie ou ajouter de la vie à ses jours.

Diplômé ou autodidacte.

Cultivé ou inculte.

L’amour ou le sexe.

Psychanalyste ou psychanalysant.

Autorisé ou s’autoriser.

…Eh bien, nous allons voir cette année qu’il y a du « pas-tout », et que ce n’est pas rien, car c’est du réel, c’est-à-dire de l’impossible avec lequel on a affaire. Il serait un peu temps de s’en rendre compte, de le prendre aussi en compte. On le fera grâce à Lacan, mais pas sans s’interroger sur le comment il en est arrivé là.

Mon énonciation pour cette année tiendra évidemment de moi, quant à mon énoncé, il doit beaucoup au remarquable travail de Guy Le Gaufey, dont je me serre abondamment, précisément à propos de notre question, à travers son livre : « Le pastout de Lacan, Consistance logique, conséquences cliniques ».[1]

Il s’agira donc de « naissance », ou de « n’est pas », c’est-à-dire de négation d’une pleine existence du « tout », ce qui s’avèrera être strictement la même chose. C’est quand ça « n’est pas » que ça donne une chance à ce que quelque chose « naisse ».

Il s’agira, enfin, du sexe, pour autant que le sexe, le sexuel, la différence sexuelle, le fait qu’il y ait « du sexe », reste l’énigme nichée au cœur de l’Humain. Pour cela il nous faudra en passer par le concept de phallus, ou plus précisément par celui de fonction phallique.

En conséquence de quoi, cela nous ramènera à l’enquiquineuse question du transfert, question qui n’existerait pas s’il n’y avait pas deux manques énigmatiques : l’énigme du désir sexuel, partagée par tous, couplée à l’énigme du désir de savoir, qui n’anime seulement que quelques-uns, ces quelques-uns étant, aujourd’hui, en voie rapide de raréfaction. A cause de quoi ? Précisément, à cause de ce « tout » que promeut actuellement, avec force capitalistisque, ce qu’on appelle la Culture, c’est-à-dire, ici, la civilisation occidentale mercantile dominante et volontairement globalisante. On dit en France, « la mondialisation ».

                                                            *

Comment donc, tout cela (c’est le cas de le dire) commence dans notre ère culturelle occidentale ?

Le problème c’est l’espèce humaine, le genre humain. Qu’en était-il il y a seulement 35 000 ans ? Eh bien vous aviez les Néanderthaliens qui étaient là, tranquilles, en Europe depuis 250 000 ans, à chasser le mammouth,…lorsque ont déferlés les Cro-Magnons, le genre sapiens, et même comme on dit sapiens sapiens, en redoublant, marquant par-là, qu’il pensait plus, celui-là, le nec plus ultra des humanoïdes, notre ancêtre direct. On aurait donc pu avoir deux genres « humains », deux espèces humaines. Eh bien non, les seconds n’ont pas exterminé les premiers, mais les ont repoussés à un point tel qu’ils se sont eux-mêmes fait disparaître de la planète en fuyant l’assaillant, allant dans des contrées tellement hostiles à leur mode de vie, qu’ils se sont éteints tout seuls… ! Proches génétiquement, auraient-ils pu se reproduire entre Néanderthaliens et Cro-Magnons ? On ne sait, il y a sans doute eu quelques hybrides, mais pas de « race » inter-genre.

Ainsi, depuis cette époque se pose et s’affirme une espèce humaine, un genre humain. Mais comment faire tenir cette chose-là, « une » espèce humaine, voilà ce qui va nous intéresser bigrement cette année, pour autant qu’il faut faire tenir ensemble : une espèce, un genre humain, oui,…mais deux sexes, deux genres, homme et femme. Ils sont différents, tout en étant une même espèce… Comment ?

D’abord la bible, l’Ancien Testament… Car tout commence là en Occident.

On peut lire dans Genèse I, 27 :

Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa.

 Mais on peut lire ensuite, dans Genèse II, 18-24 :

18 Yahvé Dieu dit : « il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je veux lui faire une aide qui lui soit assortie. »

19 Yahvé Dieu façonna du sol toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment il les appellerait : le nom que l’homme donnerait à tout être vivant serait son nom.

20 L’homme appela de leurs noms tous les bestiaux, les oiseaux du ciel et toutes les bêtes des champs ; mais pour l’homme il ne trouva pas d’aide qui lui fût assortie.

21 Alors Yahvé fit tomber une torpeur sur l’homme, qui s’endormit. Il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place.

22. Yahvé Dieu bâtit en femme la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena à l’homme.

23 L’homme dit : « Celle-ci, cette fois, est l’os de mes os et la chair de ma chair ; celle-ci sera appelée femme car c’est d’un homme qu’elle a été prise, celle-ci. »

24 C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère, et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair.

25 Or tous deux étaient nus, et ils n’en avaient pas honte.[2]

Vous remarquerez qu’en Genèse I, 27, il s’agit d’une co-création, en somme simultanée de l’homme et de la femme, alors qu’en Genèse II, 18-24, il s’agit, bien au contraire d’un ordre, et vous vous doutez déjà que cet ordonnancement servira alors durant des millénaires à une hiérarchisation tendant toujours à justifier tous les patriarcats machistes et religieux qui se succéderont jusqu’à aujourd’hui.

Vous voyez qu’ainsi, si la femme procède de l’homme, on assure l’unicité du genre et, dans le même temps on donne lieu et place à la différence, la différence sexuelle. Car pour poser l’origine comme principe, il est absolument nécessaire de poser un terme comme premier, c’est le monogénisme (et non pas deux, car il y aurait risque ici, en Genèse I, 27, avec un couple primordial, de « créer » deux humanités, deux espèces humaines au sein d’un même genre). Poser un terme comme premier, c’est très exactement ce que recommande Aristote (Métaphysique, α1) : Il y affirme que pour tout genre, il existe un terme initial, principe de la série des éléments qui ressortissent du genre.

Ainsi, bibliquement parlant, homme et femme ne constituent qu’une seule espèce. A peine sont-ils deux qu’ils se replient en « une seule chair », car comme le dit le texte : l’une est la « chair de la chair » de l’autre.

Mais la copulation suffit-elle, l’union du principe appelé « homme » et de ce qui a été extrait dudit principe, nommément la « femme », à produire de l’un ? Eh bien, non, car le monde humain, pour être humain, est un monde du symbolique, bien plus que du biologique, et il y faut ainsi rien de moins que ce qu’un auteur, Olivier Boulnois, dans son article « Un et un font un », nomme « un inceste métaphysique : le principe doit s’unir à ce dont il est le principe pour se réunir en une seule unité. »[3]

Pour ce faire, il y faut donc l’entrée en scène des instruments logiques de base  - le même, l’autre, la différence, le propre, l’identique – afin de pouvoir articuler quoi que ce soit des sexes dans l’ordre discursif.

Le Moyen Âge aura été l’époque où tout cela, à travers ce qui s’est appelée « la querelle des Universaux » prend sa place logique. C’est Aristote contre Platon, c’est le nominalisme (donner un nom), le conceptualisme, contre le réalisme, le monde des idées de Platon, où, faut-il le rappeler, une « Idée » platonicienne existe, c’est un réel.

Je n’entrerai pas dans cette querelle des Universaux qui traite déjà, après Porphyre de Tyr et son Isagoge (en 270 environ), introduction au difficile texte d’Aristote sur les Catégories, puis du commentaire qu’en fait Boèce, de ces questions de genre, d’espèce, de différence, de propre ou d’accident, et qui éclate à partir du tournant des XIè et XIIè siècles jusqu’au XIVè siècle.

C’est Aristote qui gagne, même si cette querelle continuera jusqu’à aujourd’hui sous diverses formes, y compris celle qui la fait, cette querelle, encore peser lourd dans les débats actuels qui concernent les sexes…

Retenons ceci, exprimé à partir de cette querelle des Universaux : - comment, à vouloir décrire les sexes en leur différence, on reste pris dans les filets d’un impossible couplage entre une conception dite discrète où ils sont séparés et forment deux essences, et une conception continue où l’on passe sans rupture de l’un à l’autre et où il n’y a jamais que de l’existant, du relatif.

L’infernale question, vous l’aurez compris, c’est celle de la différence (sexuelle) dans la commune appartenance au genre humain unique.

Nous allons voir, progressivement, que ces contraintes actives issues de la scolastique médiévale et de la querelle des Universaux restent très actives, et chez un Freud et chez un Lacan. 

Une question, cependant, dans la « querelle », mérite un arrêt, celle dite de l’ « induction abstractive ». Il existe des éléments tenus pour semblables, comment les rassembler sous un même nom ?

Les uns disent qu’un nom permet de saisir les ressemblances. Le grand spécialiste actuel de la question médiévale, Alain de Libera, le signale dans son article « abstraction » du Dictionnaire du Moyen Âge[4], cette conception se répand jusqu’à Locke, lequel, dans son Essai sur l’entendement humain, écrivait encore : « Le regroupement de choses sous des noms est l’œuvre de l’entendement, qui prend occasion de la similitude qu’il observe parmi elles pour forger des idées générales abstraites. »

Les autres disent qu’il faut neutraliser les traits singuliers chez un individu numériquement singulier, de façon à produire le type « abstrait » qui ne présentera que les traits communs susceptibles de rassembler la pluralité d’individus singuliers passibles d’une opération identique d’abstraction.

Les uns, les premiers s’appuient sur l’existences d’une ressemblance déjà présente qu’il ne s’agit que de prélever par l’intellect, ce qui va donner notre moderne notion de « classe ». Les autres, les seconds produisent, eux, de la non-différence en écartant tous les traits qui fondaient la différence visible entre les individus singuliers : ceux-là produisent donc le « type », d’où découle ce qu’on appelle le genre. En somme, les premiers perçoivent directement la ressemblance entre les individus, là où les seconds, ladite ressemblance, n’est pas pour eux un donné sensitif, mais une construction sur le mode du sculpteur, c’est-à-dire per via di levare, en enlevant ses particularités pour accéder à son « type » : on passe ainsi, par exemple, du carré tracé sur le sable, à l’idée de carré abstrait. 

Nous allons voir que ces contraintes actives issues de la scolastique médiévale et de la querelle des Universaux restent très prégnantes, et chez un Freud et chez un Lacan, malgré le fait qu’ils s’attèlent, l’un comme l’autre, au vrai problème de la différence sexuelle, lequel n’est pas corporel, mais ressortit, chez l’humain d’un problème logique sur lequel, cette différence, repose bel et bien.

En effet, énoncer que d’un côté, l’opposition homme/femme est parfaitement, comme l’on dit discrète, c’est-à-dire que tout sujet est soit l’un soit l’autre et ne ressortit qu’à une et une seule catégorie ; ou énoncer d’un autre côté que ce sont deux qualités qui s’interpénètrent sans cesse selon un gradient qui conduit de l’homme le plus « homme » à la femme la plus « femme » en passant par toutes les combinaisons intermédiaires, fait que l’on crée une dualité irréductible. C’est ce que l’on fait tous quotidiennement et depuis longtemps. Pratiquer ainsi c’est faire que la différence sexuelle mélange donc sans sourciller deux qualités que la pensée tient pour hétérogènes : ce qu’on appelle le discret et ce qu’on appelle le continu, depuis Aristote, mais surtout depuis la scolastique médiévale. Il y a alors, une dualité, voire une duplicité 

Le grand spécialiste qui nous a expliqué cela ces dernières années, apportant beaucoup de lumière à ce problème resté, nolens volens, assez obscure, c’est l’historien Thomas Laqueur, avec son livre La Fabrique du sexe[5], que je vous recommande…

Thomas Laqueur nous montre que nous avons une conviction inébranlable qui s’énonce ainsi : - il existe deux sexes morphologiquement ; histologiquement, génétiquement différenciables. Eh bien, il faut le savoir, cela n’a pas toujours été le cas. On pensait jadis autrement. Il y a eu une très longue période où n’existait, pour tout un chacun, qu’un sexe et un sexe inégalement partagé par chaque genre. En fait cela aura été un peu plus mélangé que cela, les deux théories – la pensée d’un sexe unique et la théorie des deux sexes -, étaient plus ou moins enchevêtrées à différents moments de l’Histoire. Et selon les catégories de Porphyre de Tyr, philosophe néoplatonicien, élève de Plotin, l’on a tantôt été tenté d’appuyer sur le propre  - qui s’énonce : ce qui est « homme » n’est en rien « femme », et vice versa , donc deux natures opposées -, tantôt on a voulu y voir un accident – ce qui s’énonce : « homme » ou bien « femme » c’est cet « accidentel » qui vient altérer différemment des sujets par ailleurs identiques, c’est-à-dire ressortissant d’un même genre, le genre dit humain.

Alors comment, là-dessus et dans cette perspective historique, et ce cadre philosophico-théologique, puis scientifique (pour la science et la médecine modernes, bien entendu, il y a deux sexes !), la découverte freudienne s’est-elle inscrite ?

Ce sont les textes de 1903/1905, rassemblés sous le litre « Trois théories sur la théorie de sexuel » qui donnent le ton, et plus spécialement concernant le sujet dont nous traitons, les textes de 1923, au sein desquels Freud va amener cette affaire incroyable jusqu’alors, affaire quand même un peu alambiquée, il faut bien le reconnaître, de la phase phallique. 

Freud, en 1923, y développe ses thèses déjà en place en 1903, vingt ans plus tard, donc. Il y met en selle une sorte de tronc commun au garçon et à la fille qui repose, de facto, sur la conception d’une libido n’ayant trait qu’à un seul sexe, le masculin.

Freud campe ainsi le tableau :

« Si on savait donner un contenu plus précis aux concepts de « masculin » et « féminin », il serait alors possible de soutenir l’affirmation que la libido serait, régulièrement et conformément à des lois, de nature masculine, qu’elle se trouve chez l’homme ou chez la femme, et indépendante de son objet, que celui-ci soit l’homme ou la femme. »[6] 

Les thèses de départ de Freud sont claires : la petite fille comme le garçon découvre la plaisir masturbatoire, elle jouant de son clitoris, lui de son pénis. Mais une première différence surgit à partir de la vision réciproque que chacun recueille des génitoires de l’autre. Que dit Freud à cet endroit ? Que le petit garçon fait mine de n’avoir rien vu, « il se conduit de manière irrésolue, dit Freud, peu intéressé avant tout », car vraiment voir c’est risquer la menace de castration qui plane, là, pas très loin et dont il ne veut rien savoir… Pour elle, c’est tout le contraire : « D’emblée, elle a jugé et décidé. Elle a vu cela, sait qu’elle ne l’a pas, et veut l’avoir. »[7]

La fille entre donc dans le complexe d’Œdipe par le complexe de castration : elle va vouloir un enfant du père, enfant substitut du pénis absent, manquant.

Le garçon sort du complexe d’Œdipe par ce même complexe de castration qui, en donnant consistance à la menace narcissique qui pèse sur cette partie du corps propre masculin, parviendra à faire refluer ses investissements libidinaux caractéristiquement incestueux. Pour sauver son précieux pénis, il laissera tomber sa mère et leur désir incestueux réciproque. S’il ne fait que partiellement refouler cela, et ainsi maintenir son désir incestueux bien au chaud, il verra s’ouvrir pour lui, à l’adolescence, les portes toutes grandes de la névrose.

Voici, ainsi, l’histoire que nous raconte Freud, sa conception de la théorie de la libido, dès 1903, puis, qu’il redéveloppe en 1923. Grand succès de cette novatrice théorie, certes,…mais aussi violentes attaques tous azimuths, qui durent encore aujourd’hui… 

Nous verrons la prochaine fois pourquoi ? Et comment bien établie, cette conception sera remise à plat par un dénommé Jacques Lacan, même si ce dernier reste freudien avant que d’être « lacanien ». Il dira, en substance, à ses élèves à Caracas, en 1980, « c’est à vous d’être lacaniens, moi je suis freudien. »



[1] Guy Le Gaufey, LE PASTOUT DE LACAN, Consistance logique, conséquences cliniques, EPEL 2006, 173 p.

[2] Textes originaux. Traduction française par Emile Osty, en collaboration avec Joseph Trinquet, Paris, Seuil, 1973, p.39-40.

[3] Olivier Boulnois, « Un et un font un. Sexes, différences et union sexuelle au Moyen Âge, à partir des « Commentaires des Sentences », in Ils seront deux en une seule chair, scénographie du couple humain dans le texte occidental, édité par Pierre Legendre, travaux du Laboratoire européen pour l’étude de la filiation, Bruxelles, Emile Van Balberghe Libraire, 2004, p.115.

[4] Alain de Libera, Dictionnaire du Moyen Âge, (sous la direction de) C. Gauvard, A. de Libera et M. Zink, Paris, PUF, « Quadrige », 2002, p.2.

[5] Thomas Laqueur, La Fabrique du sexe, Paris, Gallimard, 1990.

[6] Sigmund Freud, Trois Essais sur la théorie du sexuel, traduction La transa, 1985, tome III, p.37.

[7] Sigmund Freud, « Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes », La Vie sexuelle, Paris, PUF, 1969, p.127.



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