Si vous me demandez ce qu'est un leader, un manager d'exception, je répondrai à la manière de Gandhi : C'est quelqu'un qui devient le changement qu'il veut voir dans le monde. Et pour cela c'est quelqu'un qui suscite la confiance en soi, l'initiative, le courage, la passion autour de lui.
Un manager peut s'imaginer en lien, en rapport avec les grands leaders tels Winston Churchill, De Gaulle, Gandhi, Bill Clinton, Gorbatchev, Lou Gerstner, Jack Welch et d'autres encore En devenant actif sur plusieurs niveaux logiques ( référence faite aux niveaux logiques de Robert Dilts ),son rapport aux autres, ses rapports aux tâches, à la gestion du temps et aux priorités vont se modifier.
Son identité va passer progressivement de celle du scientifique, du technicien, du commercial, du financier, de l'expert, qui sait ce qu'il dit et fait, qui a l'expérience, les compétences, à celle du manager, qui sait développer l'intelligence et les talents des autres en suscitant motivation et esprit d'initiative.
Une transformation de certaines croyances a lieu, donnant libre accès à des capacités comme l'écoute active.
Certains comportements favorables à la relation aux autres se font jour.
L'ambiance de travail se modifie progressivement, évoluant vers une atmosphère plus détendue, particulièrement favorable aux échanges, et partages.
Un paradoxe à gérer
Les objectifs de l'entreprise en zoomant sur le cadre du présent portent le manager à l'action, voire à la fuite en avant . L''écoute entre cependant pour beaucoup dans le référentiel de ses compétences !
Ce n'est pas le seul paradoxe qu'un manager, volontiers leader de son équipe, doit gérer.
Il doit conjuguer en même temps des compétences sensiblement opposées :
d'un côté avoir le sens des réalités, et de l'autre avoir une bonne écoute.
Il lui arrive de se caricaturer en se comparant au cycliste qui a la tête dans le guidon.
Il n'échappe à personne qu'il s'agit là d'une tentative de justifier l'"impossibilité", toute subjective il est vrai, de prendre le temps d'une bonne écoute de ses collaborateurs.
Un Savoir Être à exprimer
Je suis tenté de définir le management comme l'art de composer avec les autres pour leur faire réussir les actions prévues. Il y a donc nécessité absolue de posséder la capacité de relier les personnes entre elles.
L' écoute en devenant un outil indispensable est une composante majeure du savoir être du manager.
Ne dit-on pas que tel manager " manque d'écoute " pour expliquer les scores incertains de son équipe ou au contraire que celui-ci " au moins sait écouter" pour signaler l'estime qu'on lui porte.
Une croyance en l'autre à vivre
Tout en restant soi-même, le manager fait grandir la croyance qu'il n'y a pas qu'une réalité et que la réalité des autres tout en étant différente de la sienne n'est pas forcément pire ou moins intéressante.
Il est solide grâce à la bonne estime qu'il a de lui. C'est ce qui lui permet d'accueillir le point de vue de l'autre et d'infléchir les changements de manière efficace en profitant des retours ( feed backs ) des autres.
Une capacité à faire du lien propice à la confiance et à l'inspiration
Si la parole ne manque pas, l'écoute est rare dans la société au point que les lieux d'écoute spécialisés
( coaching, psychothérapie.. ) se développent. Les personnes sont inondées par des messages nombreux sans échanges possibles au point de transformer la communication en fond sonore permanent.
La télévision écourte la communication familiale, le lien communautaire est faible, si bien que le lieu du travail apparaît comme le seul lieu de l'entretien du lien social. Sans ce lien, donc sans l'écoute, il est difficile de se sentir en confiance.
Sans un certain niveau de confiance il est difficile de penser autrement, d'oser des initiatives de se motiver en imaginant les choses susceptibles d'être modifiées par son action. Sans écoute, la motivation et la créativité
( le fait d'oser avoir une idée ) sont relativement faibles.
Henry Minzberg, le célèbre professeur canadien en management, utilise une image forte pour éclairer la nécessité d'accueillir des collaborateurs qui osent.
On place une abeille dans une bouteille débouchée dont on éclaire le fond. L'abeille sait que la lumière lui indique normalement la sortie. Elle ne parvient pas à prendre en compte une donnée nouvelle : l'existence du verre qui laisse passer la lumière mais pas la matière. Elle se heurte au fond de la bouteille jusqu'à l'épuisement.
Si on réalise l'expérience avec un mouche, dont l'intelligence n'est pas comparable à celle de l'abeille, on obtient des résultats différents. La mouche se débat en tous sens et sort en quelques instants de la bouteille.
Pour Minzberg dans les organisations il y a trop souvent des abeilles qui butent avec persévérance, méthode et intelligence sur les mêmes obstacles et pas assez de mouches qui prennent des initiatives, expérimentent et osent prendre des risques.
Des comportements sont visibles
La re formulation est une manière de mieux comprendre l'autre. Du même coup le collaborateur apprécie cette écoute et précise son idée, fait effort pour être encore mieux compris.
Le rôle du manager n'est pas d'écouter tous les états d'âme de ses collaborateurs cependant. Il n'a ni les compétences ni la posture neutre d'un coach " extérieur ". Il y a fort à parier cependant que le fait d'écouter ses collaborateurs dans leurs aspirations et préoccupations professionnelles favorise l'équilibre dans leurs autres domaines de vie.
Une ambiance propice à l'évolution et aux changements.
Selon la psychologie, chacun désire être écouté pour prendre conscience de soi et accéder à sa position de sujet. L'écoute, qui n'est autre que l'attention que l'autre porte à ses dires, féconde la pensée et la renforce.
Ecouter ses collaborateurs c'est entendre leurs représentations respectives de la réalité; c'est accéder à leurs modes de pensée, c'est apprécier la liberté de leurs associations mentales , c'est ne pas terminer les phrases à leur place, c'est ne pas imposer ses propres vues, c'est accueillir la nouveauté comme autant de chances d'appréhender efficacement les changements, pour aménager l'ambiance de travail de telle sorte qu'elle devienne propice à la coopération, à l'échange, au partage dans la durée.
Selon Socrate " on sait qu'on ne sait pas" .
Je livre cette pensée à la sagacité du manager en lien avec les leaders d'exception.
N'est ce pas une invite à :
1/ savoir apprendre,
2/ savoir rencontrer,
3/ savoir écouter l'autre ?
Francis Schlouppe
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